HODOI ELEKTRONIKAI
Du texte à l'hypertexte

Hérodote, Histoires, livre II

Chapitres 10-19

  Chapitres 10-19

[2,10] 10. ταύτης ὦν τῆς χώρης τῆς εἰρημένης πολλή, κατά περ οἱ ἱρέες ἔλεγον, ἐδόκεε καὶ αὐτῷ μοι εἶναι ἐπίκτητος Αἰγυπτίοισι. τῶν γὰρ ὀρέων τῶν εἰρημένων τῶν ὑπὲρ Μέμφιν πόλιν κειμένων τὸ μεταξὺ ἐφαίνετό μοι εἶναι κοτὲ κόλπος θαλάσσης, ὥσπερ γε τὰ περὶ Ἴλιον καὶ Τευθρανίην καὶ Ἔφεσόν τε καὶ Μαιάνδρου πεδίον, ὥς γε εἶναι σμικρὰ ταῦτα μεγάλοισι συμβαλεῖν? (2) τῶν γὰρ ταῦτα τὰ χωρία προσχωσάντων ποταμῶν ἑνὶ τῶν στομάτων τοῦ Νείλου, ἐόντος πενταστόμου, οὐδεὶς αὐτῶν πλήθεος πέρι ἄξιος συμβληθῆναι ἐστί. (3) εἰσὶ δὲ καὶ ἄλλοι ποταμοί, οὐ κατὰ τὸν Νεῖλον ἐόντες μεγάθεα, οἵτινες ἔργα ἀποδεξάμενοι μεγάλα εἰσί? τῶν ἐγὼ φράσαι ἔχω οὐνόματα καὶ ἄλλων καὶ οὐκ ἥκιστα Ἀχελῴου, ὃς ῥέων δι? Ἀκαρνανίης καὶ ἐξιεὶς ἐς θάλασσαν τῶν Ἐχινάδων νήσων τὰς ἡμισέας ἤδη ἤπειρον πεποίηκε. [2,10] X. La plus grande partie du pays dont je viens de parler est un présent du Nil, comme le dirent les prêtres, et c'est le jugement que j'en portai moi-même. Il me paraissait en effet que toute cette étendue de pays que l'on voit entre ces montagnes, au-dessus de Memphis, était autrefois un bras de mer, comme l'avaient été les environs de Troie, de Teuthranie, d'Éphèse, et la plaine de Méandre, s'il est permis de comparer les petites choses aux grandes ; car, de tous les fleuves qui ont formé ces pays par leurs alluvions, il n'y en d pas un qui, par l'abondance de ses eaux, mérite d'être comparé à une seule des cinq bouches du Nil. Il y a encore beaucoup d'autres rivières qui sont inférieures à ce fleuve, et qui cependant ont produit des effets considérables. J'en pourrais citer plusieurs, mais surtout l'Achéloüs, qui, traversant l'Acarnanie, et se jetant dans la mer où sont les Échinades, a joint au continent la moitié de ces îles.
[2,11] 11. ἔστι δὲ τῆς Ἀραβίης χώρης, Αἰγύπτου δὲ οὐ πρόσω, κόλπος θαλάσσης ἐσέχων ἐκ τῆς Ἐρυθρῆς καλεομένης θαλάσσης, μακρὸς οὕτω δή τι καὶ στεινὸς ὡς ἔρχομαι φράσων? (2) μῆκος μὲν πλόου ἀρξαμένῳ ἐκ μυχοῦ διεκπλῶσαι ἐς τὴν εὐρέαν θάλασσαν ἡμέραι ἀναισιμοῦνται τεσσεράκοντα εἰρεσίῃ χρεωμένῳ? εὖρος δέ, τῇ εὐρύτατος ἐστὶ κόλπος, ἥμισυ ἡμέρης πλόου. ῥηχίη δ? ἐν αὐτῷ καὶ ἄμπωτις ἀνὰ πᾶσαν ἡμέρην γίνεται. (3) ἕτερον τοιοῦτον κόλπον καὶ τὴν Αἴγυπτον δοκέω γενέσθαι κοτέ, τὸν μὲν ἐκ τῆς βορηίης θαλάσσης κόλπον ἐσέχοντα ἐπ? Αἰθιοπίης, τὸν δὲ Ἀράβιον, τὸν ἔρχομαι λέξων, ἐκ τῆς νοτίης φέροντα ἐπὶ Συρίης, σχεδὸν μὲν ἀλλήλοισι συντετραίνοντας τοὺς μυχούς, ὀλίγον δέ τι παραλλάσσοντας τῆς χώρης. (4) εἰ ὦν ἐθελήσει ἐκτρέψαι τὸ ῥέεθρον Νεῖλος ἐς τοῦτον τὸν Ἀράβιον κόλπον, τί μιν κωλύει ῥέοντος τούτου ἐκχωσθῆναι ἐντός γε δισμυρίων ἐτέων; ἐγὼ μὲν γὰρ ἔλπομαί γε καὶ μυρίων ἐντὸς χωσθῆναι ἄν? κοῦ γε δὴ ἐν τῷ προαναισιμωμένῳ χρόνῳ πρότερον ἐμὲ γενέσθαι οὐκ ἂν χωσθείη κόλπος καὶ πολλῷ μέζων ἔτι τούτου ὑπὸ τοσούτου τε ποταμοῦ καὶ οὕτω ἐργατικοῦ; [2,11] XI. Dans L'Arabie, non loin de l'Égypte, s'étend un golfe long et étroit, comme je le vais dire, qui sort de la mer Érythrée. De l'enfoncement de ce golfe à la grande mer, il faut quarante jours de navigation pour un vaisseau à rames. Sa plus grande largeur n'est que d'une demi-journée de navigation. On y voit tous les jours un flux et un reflux. Je pense que l'Égypte était un autre golfe à peu près semblable, qu'il sortait de la mer du Nord (la Méditerranée), et s'étendait vers l'Éthiopie ; que le golfe Arabique, dont je vais parler, allait de la mer du Sud (la mer Rouge) vers la Syrie ; et que ces deux golfes n'étant séparés que par un petit espace, il s'en fallait peu que, après l'avoir percé, ils ne se joignissent par leurs extrémités. Si donc le Nil pouvait se détourner dans ce golfe Arabique, qui empêcherait qu'en vingt mille ans il ne vint à bout de le combler par le limon qu'il roule sans cesse ? Pour moi, je crois qu'il y réussirait en moins de dix mille. Comment donc ce golfe égyptien dont je parle, et un plus grand encore, n'aurait-il pas pu, dans l'espace de temps qui a précédé ma naissance, être comblé par l'action d'un fleuve si grand et si capable d'opérer de tels changements ?
[2,12] 12. τὰ περὶ Αἴγυπτον ὦν καὶ τοῖσι λέγουσι αὐτὰ πείθομαι καὶ αὐτὸς οὕτω κάρτα δοκέω εἶναι, ἰδών τε τὴν Αἴγυπτον προκειμένην τῆς ἐχομένης γῆς κογχύλιά τε φαινόμενα ἐπὶ τοῖσι ὄρεσι καὶ ἅλμην ἐπανθέουσαν, ὥστε καὶ τὰς πυραμίδας δηλέεσθαι, καὶ ψάμμον μοῦνον Αἰγύπτου ὄρος τοῦτο τὸ ὑπὲρ Μέμφιος ἔχον, (2) πρὸς δὲ τῇ χώρῃ οὔτε τῇ Ἀραβίῃ προσούρῳ ἐούσῃ τὴν Αἴγυπτον προσεικέλην οὔτε τῇ Λιβύῃ, οὐ μὲν οὐδὲ τῇ Συρίῃ (τῆς γὰρ Ἀραβίης τὰ παρὰ θάλασσαν Σύροι νέμονται), ἀλλὰ μελάγγαιόν τε καὶ καταρρηγνυμένην, ὥστε ἐοῦσαν ἰλύν τε καὶ πρόχυσιν ἐξ Αἰθιοπίης κατενηνειγμένην ὑπὸ τοῦ ποταμοῦ. (3) τὴν δὲ Λιβύην ἴδμεν ἐρυθροτέρην τε γῆν καὶ ὑποψαμμοτέρην, τὴν δὲ Ἀραβίην τε καὶ Συρίην ἀργιλωδεστέρην τε καὶ ὑπόπετρον ἐοῦσαν. [2,12] XII. Je n'ai donc pas de peine à croire ce qu'on m'a dit de l'Égypte ; et moi-même je pense que les choses sont certainement de la sorte, en voyant qu'elle gagne sur les terres adjacentes, qu'on y trouve des coquillages sur les montagnes, qu'il en sort une vapeur salée qui ronge même les pyramides, et que cette montagne, qui s'étend au-dessus de Memphis, est le seul endroit de ce pays où il y ait du sable. Ajoutez que l'Égypte ne ressemble en rien ni à l'Arabie, qui lui est contiguë, ni à la Libye, ni même à la Syrie ; car il y a des Syriens qui habitent les côtes maritimes de l'Arabie. Le sol de l'Égypte est une terre noire, crevassée et friable, comme ayant été formée du limon que le Nil y a apporté d'Éthiopie, et qu'il y a accumulé par ses débordements ; au lieu qu'on sait que la terre de Libye est plus rougeâtre et plus sablonneuse, et que celle de l'Arabie et de la Syrie est plus argileuse et plus pierreuse.
[2,13] 13. ἔλεγον δὲ καὶ τόδε μοι μέγα τεκμήριον περὶ τῆς χώρης ταύτης οἱ ἱρέες, ὡς ἐπὶ Μοίριος βασιλέος, ὅκως ἔλθοι ποταμὸς ἐπὶ ὀκτὼ πήχεας τὸ ἐλάχιστον, ἄρδεσκε Αἴγυπτον τὴν ἔνερθε Μέμφιος? καὶ Μοίρι οὔκω ἦν ἔτεα εἰνακόσια τετελευτηκότι ὅτε τῶν ἱρέων ταῦτα ἐγὼ ἤκουον. νῦν δὲ εἰ μὴ ἐπ? ἑκκαίδεκα πεντεκαίδεκα πήχεας ἀναβῇ τὸ ἐλάχιστον ποταμός, οὐκ ὑπερβαίνει ἐς τὴν χώρην. (2) δοκέουσί τέ μοι Αἰγυπτίων οἱ ἔνερθε λίμνης τῆς Μοίριος οἰκέοντες τά τε ἄλλα χωρία καὶ τὸ καλεόμενον Δέλτα, ἢν οὕτω χώρη αὕτη κατὰ λόγον ἐπιδιδῷ ἐς ὕψος καὶ τὸ ὅμοιον ἀποδιδῷ ἐς αὔξησιν,1 μὴ κατακλύζοντος αὐτὴν τοῦ Νείλου πείσεσθαι τὸν πάντα χρόνον τὸν ἐπίλοιπον Αἰγύπτιοι τὸ κοτὲ αὐτοὶ Ἕλληνας ἔφασαν πείσεσθαι. (3) πυθόμενοι γὰρ ὡς ὕεται πᾶσα χώρη τῶν Ἑλλήνων ἀλλ? οὐ ποταμοῖσι ἄρδεται κατά περ σφετέρη, ἔφασαν Ἕλληνας ψευσθέντας κοτὲ ἐλπίδος μεγάλης κακῶς πεινήσειν. τὸ δὲ ἔπος τοῦτο ἐθέλει λέγειν ὡς, εἰ μὴ ἐθελήσει σφι ὕειν θεὸς ἀλλὰ αὐχμῷ διαχρᾶσθαι, λιμῷ οἱ Ἕλληνες αἱρεθήσονται? οὐ γὰρ δή σφι ἐστὶ ὕδατος οὐδεμία ἄλλη ἀποστροφὴ ὅτι μὴ ἐκ τοῦ Διὸς μοῦνον. [2,13] XIII. Ce que les prêtres me racontèrent de ce pays est encore une preuve de ce que j'en ai dit. Sous le roi Moeris, toutes les fois que le fleuve croissait seulement de huit coudées, il arrosait l'Égypte au-dessous de Memphis ; et, dans le temps qu'ils me parlaient ainsi, il n'y avait pas encore neuf cents ans que Moeris était mort : mais maintenant, si le fleuve ne monte pas de seize coudées, ou au moins de quinze, il ne se répand point sur les terres. Si ce pays continue à s'élever dans la même proportion, et à recevoir de nouveaux accroissements, comme il a fait par le passé, le Nil ne le couvrant plus de ses eaux, il me semble que les Égyptiens qui sont au-dessous du lac Moeris, ceux qui habitent les autres contrées, et surtout ce qu'on appelle le Delta, ne cesseront d'éprouver dans la suite le même sort dont ils prétendent que les Grecs sont un jour menacés ; car, ayant appris que toute la Grèce est arrosée par les pluies, et non par les inondations des rivières, comme leur pays, ils dirent que si les Grecs étaient un jour frustrés de leurs espérances, ils courraient risque de périr misérablement de faim. Ils voulaient faire entendre par là que si, au lieu de pleuvoir en Grèce, il survenait une sécheresse, ils mourraient de faim, parce qu'ils n'ont d'autre ressource que l'eau du ciel.
[2,14] 14. καὶ ταῦτα μὲν ἐς Ἕλληνας Αἰγυπτίοισι ὀρθῶς ἔχοντα εἴρηται? φέρε δὲ νῦν καὶ αὐτοῖσι Αἰγυπτίοισι ὡς ἔχει φράσω? εἴ σφι θέλοι, ὡς καὶ πρότερον εἶπον, χώρη ἔνερθε Μέμφιος (αὕτη γὰρ ἐστὶ αὐξανομένη) κατὰ λόγον τοῦ παροιχομένου χρόνου ἐς ὕψος αὐξάνεσθαι, ἄλλο τι οἱ ταύτῃ οἰκέοντες Αἰγυπτίων πεινήσουσι; εἰ μήτε γε ὕσεταί σφι χώρη μήτε ποταμὸς οἷός τ? ἔσται ἐς τὰς ἀρούρας ὑπερβαίνειν. (2) γὰρ δὴ νῦν γε οὗτοι ἀπονητότατα καρπὸν κομίζονται ἐκ γῆς τῶν τε ἄλλων ἀνθρώπων πάντων καὶ τῶν λοιπῶν Αἰγυπτίων? οἳ οὔτε ἀρότρῳ ἀναρρηγνύντες αὔλακας ἔχουσι πόνους οὔτε σκάλλοντες οὔτε ἄλλο ἐργαζόμενοι οὐδὲν τῶν οἱ ἄλλοι ἄνθρωποι περὶ λήιον πονέουσι, ἀλλ? ἐπεάν σφι ποταμὸς αὐτόματος ἐπελθὼν ἄρσῃ τὰς ἀρούρας, ἄρσας δὲ ἀπολίπῃ ὀπίσω, τότε σπείρας ἕκαστος τὴν ἑωυτοῦ ἄρουραν ἐσβάλλει ἐς αὐτὴν ὗς, ἐπεὰν δὲ καταπατήσῃ τῇσι ὑσὶ τὸ σπέρμα, ἄμητον τὸ ἀπὸ τούτου μένει, ἀποδινήσας δὲ τῇσι ὑσὶ τὸν σῖτον οὕτω κομίζεται. [2,14] XIV. Cette réflexion des Égyptiens sur les Grecs est juste ; mais voyons maintenant à quelles extrémités ils peuvent se trouver réduits eux-mêmes. S'il arrivait, comme je l'ai dit précédemment, que 1e pays situé au-dessous de Memphis, qui est celui qui prend des accroissements, vînt à s'élever proportionnellement à ce qu'il a fait par le passé, ne faudrait-il pas que les Égyptiens qui l'habitent éprouvassent les horreurs de la famine, puisqu'il ne pleut point en leur pays, et que le fleuve ne pourrait plus se répandre sur leurs terres ? Mais il n'y a personne maintenant dans le reste de l'Égypte, ni même dans le monde, qui recueille les grains avec moins de sueur et de travail. Ils ne sont point obligés de tracer avec la charrue de pénibles sillons, de briser les mottes, et de donner à leurs terres les autres façons que leur donnent le reste des hommes ; mais lorsque le fleuve a arrosé de lui-même les campagnes, et que les eaux se sont retirées, alors chacun y lâche des pourceaux, et ensemence ensuite son champ. Lorsqu'il est ensemencé, on y conduit des boeufs ; et, après que ces animaux ont enfoncé le grain en le foulant aux pieds, on attend tranquillement le temps de la moisson. On se sert aussi de boeufs pour faire sortir le grain de l'épi, et on le serre ensuite.
[2,15] 15. εἰ ὦν βουλόμεθα γνώμῃσι τῇσι Ἰώνων χρᾶσθαι τὰ περὶ Αἴγυπτον, οἳ φασὶ τὸ Δέλτα μοῦνον εἶναι Αἴγυπτον, ἀπὸ Περσέος καλεομένης σκοπιῆς λέγοντες τὸ παρὰ θάλασσαν εἶναι αὐτῆς μέχρι Ταριχηίων τῶν Πηλουσιακῶν, τῇ δὴ τεσσεράκοντα εἰσὶ σχοῖνοι, τὸ δὲ ἀπὸ θαλάσσης λεγόντων ἐς μεσόγαιαν τείνειν αὐτὴν μέχρι Κερκασώρου πόλιος, κατ? ἣν σχίζεται Νεῖλος ἔς τε Πηλούσιον ῥέων καὶ ἐς Κάνωβον, τὰ δὲ ἄλλα λεγόντων τῆς Αἰγύπτου τὰ μὲν Λιβύης τὰ δὲ Ἀραβίης εἶναι, ἀποδεικνύοιμεν ἂν τούτῳ τῷ λόγῳ χρεώμενοι Αἰγυπτίοισι οὐκ ἐοῦσαν πρότερον χώρην. (2) ἤδη γάρ σφι τό γε Δέλτα, ὡς αὐτοὶ λέγουσι Αἰγύπτιοι καὶ ἐμοὶ δοκέει, ἐστὶ κατάρρυτόν τε καὶ νεωστὶ ὡς λόγῳ εἰπεῖν ἀναπεφηνός. εἰ τοίνυν σφι χώρη γε μηδεμία ὑπῆρχε, τί περιεργάζοντο δοκέοντες πρῶτοι ἀνθρώπων γεγονέναι; οὐδὲ ἔδει σφέας ἐς διάπειραν τῶν παιδίων ἰέναι, τίνα γλῶσσαν πρώτην ἀπήσουσι. (3) ἀλλ? οὔτε Αἰγυπτίους δοκέω ἅμα τῷ Δέλτα τῷ ὑπὸ Ἰώνων καλεομένῳ γενέσθαι αἰεί τε εἶναι ἐξ οὗ ἀνθρώπων γένος ἐγένετο, προϊούσης δὲ τῆς χώρης πολλοὺς μὲν τοὺς ὑπολειπομένους αὐτῶν γενέσθαι πολλοὺς δὲ τοὺς ὑποκαταβαίνοντας. τὸ δ? ὦν πάλαι αἱ Θῆβαι Αἴγυπτος ἐκαλέετο, τῆς τὸ περίμετρον στάδιοι εἰσὶ εἴκοσι καὶ ἑκατὸν καὶ ἑξακισχίλιοι. [2,15] XV. Les Ioniens ont une opinion particulière sur ce qui concerne l'Égypte : ils prétendent qu'on ne doit donner ce nom qu'au seul Delta, depuis ce qu'on appelle l'Échauguette de Persée, le long du rivage de la mer, jusqu'aux Tarichées de Péluse, l'espace de quarante schènes ; qu'en s'éloignant de la mer l'Égypte s'étend, vers le milieu des terres, jusqu'à la ville de Cercasore, où le Nil se partage en deux bras, dont l'un se rend à Péluse, et l'autre à Canope. Le reste de l'Égypte, suivant les mêmes Ioniens, est en partie de la Libye, et en partie de l'Arabie. En admettant cette opinion, il serait aisé de prouver que, dans les premiers temps, les Égyptiens n'avaient point de pays à eux : car le Delta était autrefois couvert par les eaux, comme ils en conviennent eux-mêmes, et comme je l'ai remarqué ; et ce n'est, pour ainsi dire, que depuis peu de temps qu'il a paru. Si donc les Égyptiens n'avaient point autrefois de pays, pourquoi ont-ils affecté de se croire les plus anciens hommes du monde ? Et qu'avaient-ils besoin d'éprouver des enfants, afin de s'assurer quelle en serait la langue naturelle ? Pour moi, je ne pense pas que les Égyptiens n'ont commencé d'exister qu'avec la contrée que les Ioniens appellent Delta, mais qu'ils ont toujours existé depuis qu'il y a des hommes sur terre ; et qu'il mesure que le pays s'est agrandi par les alluvions du Nil, une partie des habitants descendit vers la basse Égypte, tandis que l'autre resta dans son ancienne demeure : aussi donnait-on autrefois le nom d'Égypte à la Thébaïde, dont la circonférence est de six mille cent vingt stades.
[2,16] 16. εἰ ὦν ἡμεῖς ὀρθῶς περὶ αὐτῶν γινώσκομεν, Ἴωνες οὐκ εὖ φρονέουσι περὶ Αἰγύπτου? εἰ δὲ ὀρθή ἐστι γνώμη τῶν Ἰώνων, Ἕλληνάς τε καὶ αὐτοὺς Ἴωνας ἀποδείκνυμι οὐκ ἐπισταμένους λογίζεσθαι, οἳ φασὶ τρία μόρια εἶναι γῆν πᾶσαν, Εὐρώπην τε καὶ Ἀσίην καὶ Λιβύην. (2) τέταρτον γὰρ δή σφεας δεῖ προσλογίζεσθαι Αἰγύπτου τὸ Δέλτα, εἰ μήτε γε ἐστὶ τῆς Ἀσίης μήτε τῆς Λιβύης? οὐ γὰρ δὴ Νεῖλός γε ἐστὶ κατὰ τοῦτον τὸν λόγον τὴν Ἀσίην οὐρίζων τῇ Λιβύῃ, τοῦ Δέλτα δὲ τούτου κατὰ τὸ ὀξὺ περιρρήγνυται Νεῖλος, ὥστε ἐν τῷ μεταξὺ Ἀσίης τε καὶ Λιβύης γίνοιτ? ἄν. [2,16] XVI. Si donc notre sentiment sur l'Égypte est juste, celui des Ioniens ne peut être fondé ; si, au contraire, l'opinion des Ioniens est vraie, il m'est facile de prouver que les Grecs et les Ioniens eux-mêmes ne raisonnent pas conséquemment lorsqu'ils disent que toute la terre se divise en trois parties, l'Europe, l'Asie et la Libye : ils devraient y en ajouter une quatrième, savoir, le Delta d'Égypte, puisqu'il n'appartient ni à l'Asie ni à la Libye ; car, suivant ce raisonnement, ce n'est pas le Nil qui sépare l'Asie de la Libye, puisqu'il se brise à la pointe du Delta, et le renferme entre ses bras, de façon que cette contrée se trouve entre l'Asie et la Libye.
[2,17] 17. καὶ τὴν μὲν Ἰώνων γνώμην ἀπίεμεν, ἡμεῖς δὲ ὧδε καὶ περὶ τούτων λέγομεν, Αἴγυπτον μὲν πᾶσαν εἶναι ταύτην τὴν ὑπ? Αἰγυπτίων οἰκεομένην κατά περ Κιλικίην τὴν ὑπὸ Κιλίκων καὶ Ἀσσυρίην τὴν ὑπὸ Ἀσσυρίων, οὔρισμα δὲ Ἀσίῃ καὶ Λιβύῃ οἴδαμεν οὐδὲν ἐὸν ὀρθῷ λόγῳ εἰ μὴ τοὺς Αἰγυπτίων οὔρους. (2) εἰ δὲ τῷ ὑπ? Ἑλλήνων νενομισμένῳ χρησόμεθα, νομιοῦμεν Αἴγυπτον πᾶσαν ἀρξαμένην ἀπὸ Καταδούπων τε καὶ Ἐλεφαντίνης πόλιος δίχα διαιρέεσθαι καὶ ἀμφοτερέων τῶν ἐπωνυμιέων ἔχεσθαι? τὰ μὲν γὰρ αὐτῆς εἶναι τῆς Λιβύης τὰ δὲ τῆς Ἀσίης. (3) γὰρ δὴ Νεῖλος ἀρξάμενος ἐκ τῶν Καταδούπων ῥέει μέσην Αἴγυπτον σχίζων ἐς θάλασσαν. μέχρι μέν νυν Κερκασώρου πόλιος ῥέει εἷς ἐὼν Νεῖλος, τὸ δὲ ἀπὸ ταύτης τῆς πόλιος σχίζεται τριφασίας ὁδούς. (4) καὶ μὲν πρὸς ἠῶ τρέπεται, τὸ καλέεται Πηλούσιον στόμα, δὲ ἑτέρη τῶν ὁδῶν πρὸς ἑσπέρην ἔχει? τοῦτο δὲ Κανωβικὸν στόμα κέκληται. δὲ δὴ ἰθέα τῶν ὁδῶν τῷ Νείλῳ ἐστὶ ἥδε? ἄνωθεν φερόμενος ἐς τὸ ὀξὺ τοῦ Δέλτα ἀπικνέεται, τὸ δὲ ἀπὸ τούτου σχίζων μέσον τὸ Δέλτα ἐς θάλασσαν ἐξιεῖ, οὔτε ἐλαχίστην μοῖραν τοῦ ὕδατος παρεχόμενος ταύτην οὔτε ἥκιστα ὀνομαστήν? τὸ καλέεται Σεβεννυτικὸν στόμα. (5) ἔστι δὲ καὶ ἕτερα διφάσια στόματα ἀπὸ τοῦ Σεβεννυτικοῦ ἀποσχισθέντα, φέροντα ἐς θάλασσαν? τοῖσι οὐνόματα κέεται τάδε, τῷ μὲν Σαϊτικὸν αὐτῶν τῷ δὲ Μενδήσιον. (6) τὸ δὲ Βολβίτινον στόμα καὶ τὸ Βουκολικὸν οὐκ ἰθαγενέα στόματα ἐστὶ ἀλλ? ὀρυκτά. [2,17] XVII. Sans m'arrêter davantage au sentiment des Ioniens, je pense qu'on doit donner le nom d'Égypte à toute l'étendue de pays qui est occupée par les Égyptiens, de même qu'on appelle Cilicie et Assyrie les pays habités par les Ciliciens et les Assyriens ; et je ne connais que l'Égypte qu'on puisse, à juste titre, regarder comme limite de l'Asie et de la Libye ; mais, si nous voulons suivre l'opinion des Grecs, nous regarderons toute l'Égypte qui commence à la petite cataracte et à la ville d'Éléphantine, comme un pays divisé en deux parties comprises sous l'une et l'autre dénomination ; car l'une est de la Libye, et l'autre de l'Asie. Le Nil commence à la cataracte, partage l'Égypte en deux, et se rend à la mer. Jusqu'à la ville de Cercasore il n'a qu'un seul canal ; mais, au-dessous de cette ville, il se sépare en trois branches, qui prennent trois routes différentes : l'une s'appelle la bouche Pélusienne, et va à l'est ; l'autre, la bouche Canopique, et coule à l'ouest ; la troisième va tout droit depuis le haut de l'Égypte jusqu'à la pointe du Delta, qu'elle partage par le milieu, en se rendant à la mer. Ce canal n'est ni le moins considérable par la quantité de ses eaux, ni le moins célèbre : on le nomme le canal Sébennytique. Du canal Sébennytique partent aussi deux autres canaux, qui vont pareillement se décharger dans la mer par deux différentes bouches, la Saïtique et la Mendésienne. La bouche Bolbitine et la Bucolique ne sont point l'ouvrage de la nature, mais des habitants qui les ont creusées.
[2,18] 18. μαρτυρέει δέ μοι τῇ γνώμῃ, ὅτι τοσαύτη ἐστὶ Αἴγυπτος ὅσην τινὰ ἐγὼ ἀποδείκνυμι τῷ λόγῳ, καὶ τὸ Ἄμμωνος χρηστήριον γενόμενον? τὸ ἐγὼ τῆς ἐμεωυτοῦ γνώμης ὕστερον περὶ Αἴγυπτον ἐπυθόμην. (2) οἱ γὰρ δὴ ἐκ Μαρέης τε πόλιος καὶ Ἄπιος, οἰκέοντες Αἰγύπτου τὰ πρόσουρα Λιβύῃ, αὐτοί τε δοκέοντες εἶναι Λίβυες καὶ οὐκ Αἰγύπτιοι καὶ ἀχθόμενοι τῇ περὶ τὰ ἱρὰ θρησκηίῃ, βουλόμενοι θηλέων βοῶν μὴ ἔργεσθαι, ἔπεμψαν ἐς Ἄμμωνα φάμενοι οὐδὲν σφίσι τε καὶ Αἰγυπτίοισι κοινὸν εἶναι? οἰκέειν τε γὰρ ἔξω τοῦ Δέλτα καὶ οὐδὲν ὁμολογέειν αὐτοῖσι, βούλεσθαί τε πάντων σφίσι ἐξεῖναι γεύεσθαι. (3) δὲ θεός σφεας οὐκ ἔα ποιέειν ταῦτα, φὰς Αἴγυπτον εἶναι ταύτην τὴν Νεῖλος ἐπιὼν ἄρδει, καὶ Αἰγυπτίους εἶναι τούτους οἳ ἔνερθε Ἐλεφαντίνης πόλιος οἰκέοντες ἀπὸ τοῦ ποταμοῦ τούτου πίνουσι. οὕτω σφι ταῦτα ἐχρήσθη. [2,18] XVIII. Le sentiment que je viens de développer sur l'étendue de l'Égypte se trouve confirmé par le témoignage de l'oracle de Jupiter Ammon, dont je n'ai eu connaissance qu'après m'être formé cette idée de l'Égypte. Les habitants de Marée et d'Apis, villes frontières du côté de la Libye, ne se croyaient pas Égyptiens, mais Libyens. Ayant pris en aversion les cérémonies religieuses de l'Égypte, et ne voulant point s'abstenir de la chair des génisses, ils envoyèrent à l'oracle d'Ammon pour lui représenter qu'habitant hors du Delta, et leur langage étant différent de celui des Égyptiens, ils n'avaient rien de commun avec ces peuples, et qu'ils voulaient qu'il leur fût permis de manger de toutes sortes de viandes. Le dieu ne leur permit point de faire ces choses, et leur répondit que tout le pays que couvrait le Nil dans ses débordements appartenait à l'Égypte, et que tous ceux qui, habitant au-dessous de la ville d'Éléphantine, buvaient des eaux de ce fleuve, étaient Égyptiens.
[2,19] 19. ἐπέρχεται δὲ Νεῖλος, ἐπεὰν πληθύῃ, οὐ μοῦνον τὸ Δέλτα ἀλλὰ καὶ τοῦ Λιβυκοῦ τε λεγομένου χωρίου εἶναι καὶ τοῦ Ἀραβίου ἐνιαχῇ καὶ ἐπὶ δύο ἡμερέων ἑκατέρωθι ὁδόν, καὶ πλέον ἔτι τούτου καὶ ἔλασσον. τοῦ ποταμοῦ δὲ φύσιος πέρι οὔτε τι τῶν ἱρέων οὔτε ἄλλου οὐδενὸς παραλαβεῖν ἐδυνάσθην. (2) πρόθυμος δὲ ἔα τάδε παρ? αὐτῶν πυθέσθαι, τι κατέρχεται μὲν Νεῖλος πληθύων ἀπὸ τροπέων τῶν θερινέων ἀρξάμενος ἐπὶ ἑκατὸν ἡμέρας, πελάσας δὲ ἐς τὸν ἀριθμὸν τουτέων τῶν ἡμερέων ὀπίσω ἀπέρχεται ἀπολείπων τὸ ῥέεθρον, ὥστε βραχὺς τὸν χειμῶνα ἅπαντα διατελέει ἐὼν μέχρι οὗ αὖτις τροπέων τῶν θερινέων. (3) τούτων ὦν πέρι οὐδενὸς οὐδὲν οἷός τε ἐγενόμην παραλαβεῖν παρὰ τῶν Αἰγυπτίων, ἱστορέων αὐτοὺς ἥντινα δύναμιν ἔχει Νεῖλος τὰ ἔμπαλιν πεφυκέναι τῶν ἄλλων ποταμῶν? ταῦτά τε δὴ τὰ λελεγμένα βουλόμενος εἰδέναι ἱστόρεον καὶ τι αὔρας ἀποπνεούσας μοῦνος ποταμῶν πάντων οὐ παρέχεται. [2,19] XIX. Or le Nil, dans ses grandes crues, inonde non seulement le Delta, mais encore des endroits qu'on dit, appartenir à la Libye, ainsi que quelques petits cantons de l'Arabie, et se répand de l'un et de l'autre côté l'espace de deux journées de chemin, tantôt plus, tantôt moins. Quant à la nature de ce fleuve, je n'en ai rien pu apprendre ni des prêtres, ni d'aucune autre personne. J'avais cependant une envie extrême de savoir d'eux pourquoi le Nil commence à grossir au solstice d'été, et continue ainsi durant cent jours ; et par quelle raison, ayant crû ce nombre de jours, il se retire, et baisse au point qu'il demeure petit l'hiver entier, et qu'il reste en cet état jusqu'au retour du solstice d'été. J'eus donc beau m'informer pourquoi ce fleuve est, de sa nature, le contraire de tous les autres ; je n'en pus rien apprendre d'aucun Égyptien, malgré les questions que je leur fis dans la vue de m'instruire. Ils ne purent me dire pareillement pourquoi le Nil est le seul fleuve qui ne produise point de vent frais.


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Dernière mise à jour : 22/03/2005