HODOI ELEKTRONIKAI
Du texte à l'hypertexte

Platon, Le Banquet

Page 205

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[205] (205a) Κτήσει γάρ, ἔφη, ἀγαθῶν οἱ εὐδαίμονες εὐδαίμονες, καὶ οὐκέτι προσδεῖ ἐρέσθαι ἵνα τί δὲ βούλεται εὐδαίμων εἶναι βουλόμενος, ἀλλὰ τέλος δοκεῖ ἔχειν ἀπόκρισις. Ἀληθῆ λέγεις, εἶπον ἐγώ. Ταύτην δὴ τὴν βούλησιν καὶ τὸν ἔρωτα τοῦτον πότερα κοινὸν οἴει εἶναι πάντων ἀνθρώπων, καὶ πάντας τἀγαθὰ βούλεσθαι αὑτοῖς εἶναι ἀεί, πῶς λέγεις; Οὕτως, ἦν δἐγώ· κοινὸν εἶναι πάντων. Τί δὴ οὖν, ἔφη, Σώκρατες, οὐ πάντας ἐρᾶν φαμέν, (205b) εἴπερ γε πάντες τῶν αὐτῶν ἐρῶσι καὶ ἀεί, ἀλλά τινάς φαμεν ἐρᾶν, τοὺς δοὔ; Θαυμάζω, ἦν δἐγώ, καὶ αὐτός. Ἀλλὰ μὴ θαύμαζ᾽, ἔφη· ἀφελόντες γὰρ ἄρα τοῦ ἔρωτός τι εἶδος ὀνομάζομεν, τὸ τοῦ ὅλου ἐπιτιθέντες ὄνομα, ἔρωτα, τὰ δὲ ἄλλα ἄλλοις καταχρώμεθα ὀνόμασιν. Ὥσπερ τί; ἦν δἐγώ. Ὥσπερ τόδε, οἶσθὅτι ποίησίς ἐστί τι πολύ· γάρ τοι ἐκ τοῦ μὴ ὄντος εἰς τὸ ὂν ἰόντι ὁτῳοῦν αἰτία πᾶσά ἐστι (205c) ποίησις, ὥστε καὶ αἱ ὑπὸ πάσαις ταῖς τέχναις ἐργασίαι ποιήσεις εἰσὶ καὶ οἱ τούτων δημιουργοὶ πάντες ποιηταί. Ἀληθῆ λέγεις. Ἀλλὅμως, δ, οἶσθὅτι οὐ καλοῦνται ποιηταὶ ἀλλὰ ἄλλα ἔχουσιν ὀνόματα, ἀπὸ δὲ πάσης τῆς ποιήσεως ἓν μόριον ἀφορισθὲν τὸ περὶ τὴν μουσικὴν καὶ τὰ μέτρα τῷ τοῦ ὅλου ὀνόματι προσαγορεύεται. ποίησις γὰρ τοῦτο μόνον καλεῖται, καὶ οἱ ἔχοντες τοῦτο τὸ μόριον τῆς ποιήσεως ποιηταί. Ἀληθῆ λέγεις, ἔφην. (205d) Οὕτω τοίνυν καὶ περὶ τὸν ἔρωτα· τὸ μὲν κεφάλαιόν ἐστι πᾶσα τῶν ἀγαθῶν ἐπιθυμία καὶ τοῦ εὐδαιμονεῖν, μέγιστός τε καὶ δολερὸς ἔρως παντί· ἀλλοἱ μὲν ἄλλῃ τρεπόμενοι πολλαχῇ ἐπαὐτόν, κατὰ χρηματισμὸν κατὰ φιλογυμναστίαν κατὰ φιλοσοφίαν, οὔτε ἐρᾶν καλοῦνται οὔτἐρασταί, οἱ δὲ κατὰ ἕν τι εἶδος ἰόντες τε καὶ ἐσπουδακότες τὸ τοῦ ὅλου ὄνομα ἴσχουσιν, ἔρωτά τε καὶ ἐρᾶν καὶ ἐρασταί. Κινδυνεύεις ἀληθῆ, ἔφην ἐγώ, λέγειν. Καὶ λέγεται μέν γέ τις, ἔφη, λόγος, ὡς οἳ ἂν τὸ ἥμισυ (205e) ἑαυτῶν ζητῶσιν, οὗτοι ἐρῶσιν· δἐμὸς λόγος οὔτε ἡμίσεός φησιν εἶναι τὸν ἔρωτα οὔτε ὅλου, ἐὰν μὴ τυγχάνῃ γέ που, ἑταῖρε, ἀγαθὸν ὄν· ἐπεὶ αὑτῶν γε καὶ πόδας καὶ χεῖρας ἐθέλουσιν ἀποτέμνεσθαι οἱ ἄνθρωποι, ἐὰν αὐτοῖς δοκῇ τὰ ἑαυτῶν πονηρὰ εἶναι. οὐ γὰρ τὸ ἑαυτῶν οἶμαι ἕκαστοι ἀσπάζονται, εἰ μὴ εἴ τις τὸ μὲν ἀγαθὸν οἰκεῖον καλεῖ καὶ ἑαυτοῦ, τὸ δὲ κακὸν ἀλλότριον· ὡς οὐδέν γε ἄλλο ἐστὶν οὗ [205] — C'est en effet, dit-elle, dans la possession des bonnes choses que consiste le bonheur, et l'on n'a plus besoin de demander pourquoi celui qui désire le bonheur veut être heureux : on est arrivé au terme de la question, ce me semble. — C'est juste, dis-je. — Mais cette volonté et cet amour sont-ils, selon toi, communs à tous les hommes, et tous veulent-ils toujours posséder ce qui est bon? Qu'en penses-tu? — Je pense, dis-je, qu'ils sont communs à tous les hommes. — Pourquoi donc, Socrate, reprit-elle, ne disons-nous pas de tous les hommes qu'ils aiment, puisqu'ils aiment tous et toujours les mêmes choses, mais que les uns aiment, et les autres non? — Cela m'étonne aussi, dis-je. — Cesse de t'étonner, dit-elle; car c'est à une espèce d'amour particulière que nous réservons le nom d'amour, lui appliquant le nom du genre entier; pour les autres espèces, nous nous servons d'autres mots. — Un exemple? dis-je. — En voici un. Tu sais que le mot poésie représente bien des choses. En général on appelle poésie la cause qui fait passer quelque chose du non-être à l'existence, de sorte que les créations dans tous les arts sont des poésies, et que les artisans qui les font sont tous des poètes. — C'est vrai. — Cependant, ajouta-t-elle, tu vois qu'on ne les appelle pas poètes et qu'ils ont d'autres noms, et qu'une seule portion mise à part de l'ensemble de la poésie, celle qui est relative à la musique et aux mètres, est appelée du nom du genre entier; car cette portion seule s'appelle poésie, et ceux qui la cultivent poètes. — C'est vrai, dis-je. — Il en est ainsi de l'amour; en général, le désir du bien et du bonheur, sous toutes ses formes, voilà pour tout le monde "le grand et industrieux Amour". Mais il y a beaucoup de manières de s'adonner à l'amour, et de ceux qui recherchent l'argent, les exercices physiques, la philosophie, on ne dit pas qu'ils aiment et sont amants; mais il y a une espèce particulière d'amour dont les adeptes et sectateurs reçoivent les noms du genre entier : amour, aimer, amant. — Il semble bien que tu aies raison, dis-je. — On dit parfois, continua-t-elle, que chercher la moitié de soi-même, c'est aimer; et moi je dis, mon cher, qu'aimer, ce n'est chercher ni la moitié ni le tout de soi-même, si cette moitié et ce tout ne sont pas bons, puisque les hommes consentent à se laisser couper les pieds et les mains quand ces parties d'eux-mêmes leur paraissent mauvaises; car ce n'est pas, je pense, à ce qui lui appartient que chacun de nous s'attache, à moins qu'il ne regarde le bien comme une chose qui lui est propre et fait partie de lui-même, et le mal comme une chose étrangère;


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Dernière mise à jour : 14/04/2005