HODOI ELEKTRONIKAI
Du texte à l'hypertexte

Sophocle, Oedipe à Colone

Vers 900-999

  Vers 900-999

[900] σπεύδειν ἀπὸ ῥυτῆρος, ἔνθα δίστομοι
μάλιστα συμβάλλουσιν ἐμπόρων ὁδοί,
ὡς μὴ παρέλθωσαἱ κόραι, γέλως δἐγὼ
ξένῳ γένωμαι τῷδε, χειρωθεὶς βίᾳ.
ἴθ᾽, ὡς ἄνωγα, σὺν τάχει. τοῦτον δἐγώ,
905 εἰ μὲν διὀργῆς ἧκον, ἧς ὅδἄξιος,
ἄτρωτον οὐ μεθῆκἂν ἐξ ἐμῆς χερός.
νῦν δοὕσπερ αὐτὸς τοὺς νόμους εἰσῆλθἔχων,
τούτοισι κοὐκ ἄλλοισιν ἁρμοσθήσεται.
οὐ γάρ ποτἔξει τῆσδε τῆς χώρας, πρὶν ἂν
910 κείνας ἐναργεῖς δεῦρό μοι στήσῃς ἄγων·
ἐπεὶ δέδρακας οὔτἐμοῦ καταξίως
οὔθὧν πέφυκας αὐτὸς οὔτε σῆς χθονός·
ὅστις δίκαιἀσκοῦσαν εἰσελθὼν πόλιν
κἄνευ νόμου κραίνουσαν οὐδέν, εἶτἀφεὶς
915 τὰ τῆσδε τῆς γῆς κύρι᾽, ὧδἐπεισπεσὼν
ἄγεις θ χρῄζεις καὶ παρίστασαι βίᾳ,
καί μοι πόλιν κένανδρον δούλην τινὰ
ἔδοξας εἶναι κἄμἴσον τῷ μηδενί.
καίτοι σε Θῆβαί γοὐκ ἐπαίδευσαν κακόν·
920 οὐ γὰρ φιλοῦσιν ἄνδρας ἐκδίκους τρέφειν,
οὐδἄν σἐπαινέσειαν, εἰ πυθοίατο
συλῶντα τἀμὰ καὶ τὰ τῶν θεῶν, βίᾳ
ἄγοντα φωτῶν ἀθλίων ἱκτήρια.
οὔκουν ἔγωγἂν σῆς ἐπεμβαίνων χθονός,
925 οὐδεἰ τὰ πάντων εἶχον ἐνδικώτατα,
ἄνευ γε τοῦ κραίνοντος, ὅστις ἦν, χθονὸς
οὔθεἷλκον οὔτἂν ἦγον, ἀλλἠπιστάμην
ξένον παρἀστοῖς ὡς διαιτᾶσθαι χρεών.
σὺ δἀξίαν οὐκ οὖσαν αἰσχύνεις πόλιν
930 τὴν αὐτὸς αὑτοῦ, καί σ πληθύων χρόνος
γέρονθὁμοῦ τίθησι καὶ τοῦ νοῦ κενόν.
εἶπον μὲν οὖν καὶ πρόσθεν, ἐννέπω δὲ νῦν,
τὰς παῖδας ὡς τάχιστα δεῦρἄγειν τινά,
εἰ μὴ μέτοικος τῆσδε τῆς χώρας θέλεις
935 εἶναι βίᾳ τε κοὐχ ἑκών· καὶ ταῦτά σοι
τῷ νῷ θὁμοίως κἀπὸ τῆς γλώσσης λέγω.
(Χορός)
ὁρᾷς ἵνἥκεις, ξέν᾽; ὡς ἀφὧν μὲν εἰ
φαίνει δίκαιος, δρῶν δἐφευρίσκει κακά.
(Κρέων)
ἐγὼ οὔτἄνανδρον τήνδε τὴν πόλιν νέμων,
940 τέκνον Αἰγέως, οὔτἄβουλον, ὡς σὺ φῄς,
τοὔργον τόδἐξέπραξα, γιγνώσκων δὅτι
οὐδείς ποταὐτοὺς τῶν ἐμῶν ἂν ἐμπέσοι
ζῆλος ξυναίμων, ὥστἐμοῦ τρέφειν βίᾳ.
ᾔδη δὁθούνεκἄνδρα καὶ πατροκτόνον
945 κἄναγνον οὐ δεξοίατ᾽, οὐδὅτῳ γάμοι
ξυνόντες ηὑρέθησαν ἀνόσιοι τέκνων.
τοιοῦτον αὐτοῖς Ἄρεος εὔβουλον πάγον
ἐγὼ ξυνῄδη χθόνιον ὄνθ᾽, ὃς οὐκ ἐᾷ
τοιούσδἀλήτας τῇδὁμοῦ ναίειν πόλει·
[900] courent en toute hâte au lieu où les deux routes se réunissent,
pour que les deux jeunes filles ne puissent aller au delà, et que je n'aie
pas à rougir devant mon hôte d'avoir souffert une pareille violence.
Allez, comme je l'ordonne, hâtez-vous. Si j'écoutais un courroux
légitime, il ne sortirait pas impuni de mes mains ; toutefois il sera traité
selon les lois qu'il a établies lui-même. Tu ne sortiras pas de cette
contrée que tu ne n'aies ramené ces jeunes filles; car ta conduite est
offensante pour moi, et indigne de ta naissance et de ta patrie. Quoi!
tu entres dans une ville amie de la justice et fidèle à la loi , et au mépris
des droits de cette contrée, tu oses, dans tes coupables violences,
emmener, entraîner ceux qu'il te plait. As-tu donc pensé que cette
ville ne renfermait que des lâches ou des esclaves? Me comptais-tu
pour rien moi-même? Certes ce n'est pas à Tuiles que tu as reçu ces
leçons de crime; Thèbes ne nourrit pas d'ennemis de la justice; et
elle ne t'approuverait pas, si elle apprenait que, profanant mes états,
tu viens, malgré les dieux , entrainer de malheureux suppliants.
Pour moi, si je mettais le pied sur ton territoire, jamais, avec les motifs
les plus légitimes, je n'exercerais de semblables violences ; je saurais
comment un étranger doit se conduire envers des citoyens. Et
toi, tu déshonores indignement ta patrie; et le temps, en amenant
pour toi la vieillesse, semble t'avoir ôté la raison. Je l'ai dit , je le répète,
qu'on me ramène promptement ces jeunes tilles, si tu ne veux
pas contre ton gré fixer ton domicile en ce pays. Ce que tu viens
d'entendre, c'est mon coeur qui te le dit aussi bien que ma bouche.
LE CHOEUR. Tu vois, étranger, à quoi tu t'es exposé; ta naissance
annonce un homme juste, et ta conduite ne montre qu'un pervers.
CRÉON. Non, fils d'Égée, je n'ai point cru, comme tu le dis, cette
ville dépourvue de courage et de prudence, lorsque j'ai fait ce que je
viens de faire ; mais je n'imaginais pas que personne en ces lieux
s'intéressait assez à mes proches, pour vouloir les retenir malgré moi. Je
savais d'ailleurs qu'Athènes n'accueillerait pas un parricide, un
homme souillé par le crime, et convaincu d'avoir formé un hymen
incestueux. Je connaissais trop la sagesse de l'aréopage établi dans
cette contrée, et qui ne permet pas à de semblables fugitifs d'habiter
dans cette ville.
[950] πίστιν ἴσχων τήνδἐχειρούμην ἄγραν.
καὶ ταῦτἂν οὐκ ἔπρασσον, εἰ μή μοι πικρὰς
αὐτῷ τἀρὰς ἠρᾶτο καὶ τὠμῷ γένει·
ἀνθὧν πεπονθὼς ἠξίουν τάδἀντιδρᾶν.
θυμοῦ γὰρ οὐδὲν γῆράς ἐστιν ἄλλο πλὴν
955 θανεῖν· θανόντων δοὐδὲν ἄλγος ἅπτεται.
πρὸς ταῦτα πράξεις οἷον ἂν θέλῃς· ἐπεὶ
ἐρημία με, κεἰ δίκαι᾽, ὅμως λέγω,
σμικρὸν τίθησι· πρὸς δὲ τὰς πράξεις ὅμως,
καὶ τηλικόσδὤν, ἀντιδρᾶν πειράσομαι.
(Οἰδίπους)
960 λῆμἀναιδές, τοῦ καθυβρίζειν δοκεῖς,
πότερον ἐμοῦ γέροντος σαυτοῦ, τόδε;
ὅστις φόνους μοι καὶ γάμους καὶ συμφορὰς
τοῦ σοῦ διῆκας στόματος, ἃς ἐγὼ τάλας
ἤνεγκον ἄκων· θεοῖς γὰρ ἦν οὕτω φίλον,
965 τάχἄν τι μηνίουσιν εἰς γένος πάλαι.
ἐπεὶ καθαὑτόν γοὐκ ἂν ἐξεύροις ἐμοὶ
ἁμαρτίας ὄνειδος οὐδέν, ἀνθὅτου
τάδεἰς ἐμαυτὸν τοὺς ἐμούς θἡμάρτανον.
ἐπεὶ δίδαξον, εἴ τι θέσφατον πατρὶ
970 χρησμοῖσιν ἱκνεῖθὥστε πρὸς παίδων θανεῖν,
πῶς ἂν δικαίως τοῦτὀνειδίζοις ἐμοί,
ὃς οὔτε βλάστας πω γενεθλίους πατρός,
οὐ μητρὸς εἶχον, ἀλλἀγέννητος τότ;
εἰ δαὖ φανεὶς δύστηνος, ὡς ἐγὼφάνην,
ἐς χεῖρας ἦλθον πατρὶ καὶ κατέκτανον,
975 μηδὲν ξυνιεὶς ὧν ἔδρων εἰς οὕς τἔδρων,
πῶς ἂν τό γἆκον πρᾶγμἂν εἰκότως ψέγοις;
μητρὸς δέ, τλῆμον, οὐκ ἐπαισχύνει γάμους
οὔσης ὁμαίμου σῆς μἀναγκάζων λέγειν,
οἵους ἐρῶ τάχ᾽· οὐ γὰρ οὖν σιγήσομαι,
980 σοῦ γεἰς τόδἐξελθόντος ἀνόσιον στόμα.
ἔτικτε γάρ μἔτικτεν, ὤμοι μοι κακῶν,
οὐκ εἰδότοὐκ εἰδυῖα, καὶ τεκοῦσά με,
αὑτῆς ὄνειδος παῖδας ἐξέφυσέ μοι.
ἀλλἓν γὰρ οὖν ἔξοιδα, σὲ μὲν ἑκόντἐμὲ
985 κείνην τε ταῦτα δυσστομεῖν· ἐγὼ δέ νιν
ἄκων ἔγημα φθέγγομαί τἄκων τάδε.
ἀλλοὐ γὰρ οὔτἐν τοῖσδἁλώσομαι κακὸς
γάμοισιν οὔθοὓς αἰὲν ἐμφορεῖς σύ μοι
990 φόνους πατρῴους ἐξονειδίζων πικρῶς.
ἓν γάρ μἄμειψαι μοῦνον ὧν σἀνιστορῶ.
εἴ τις σὲ τὸν δίκαιον αὐτίκἐνθάδε
κτείνοι παραστάς, πότερα πυνθάνοιἂν εἰ
πατήρ σ καίνων τίνοιἂν εὐθέως;
995 δοκῶ μέν, εἴπερ ζῆν φιλεῖς, τὸν αἴτιον
τίνοιἂν οὐδὲ τοὔνδικον περιβλέποις.
τοιαῦτα μέντοι καὐτὸς εἰσέβην κακά,
θεῶν ἀγόντων· οἷς ἐγὼ οὐδὲ τὴν πατρὸς
ψυχὴν ἂν οἶμαι ζῶσαν ἀντειπεῖν ἐμοί.
[950] C'est dans cette confiance que je me saisissais de cette proie.
Encore ne l'aurais-je pas fait, sans les imprécations que sa
colère a lancées contre moi et contre toute ma race. Alors j'ai voulu
rendre outrage pour outrage; car il n'est point de vieillesse pour la
colère; elle ne s'éteint que dans la tombe, et les morts seuls sont
insensibles. Après cela agis comme tu le voudras; car, malgré la justice
de ma cause, je suis seul et sans défense. Cependant, même en cet
état, j'essaierai encore de repousser la violence.
OEDIPE. O le plus impudent des hommes! Qui penses-tu rendre
odieux par ces paroles? Est-ce moi, pauvre vieillard, ou bien toi-même,
toi qui me reproches des meurtres, des incestes, des malheurs
involontaires, envoyés par les dieux, irrités peut-être contre
notre famille pour une ancienne offense? Car tu ne saurais trouver
dans ma vie aucun crime dont il fallût expier la honte par les horreurs
accomplies sur moi-même et sur les miens. Quoi! Si un oracle annonce
à mon père qu'il mourra de la main d'un fils , continent, je te
le demande, pourrais-tu m'en faire un crime, à moi qui n'étais pas
encore conçu dans le sein de ma mère? Et ensuite, s'il est prouvé,
comme il l'est en effet , que mon malheur m'a poussé à
combattre et à tuer mon père, sans savoir ce que je faisais et
quelle était ma victime, peut-on me reprocher avec justice cette
action involontaire? Quant à ma mère, malheureux, tu ne rougis
pas de me contraindre à parler de son hymen, et elle était ta
soeur. Eh bien ! J'en parlerai, je ne tairai rien, puisque tu as osé
commencer cette horrible histoire. Elle m'a donné le jour, ô comble
d'infortune ! Oui, elle m'a donné le jour, sans que la mère ait connu
le fils, ni le fils sa mère; et après elle a, pour sa honte, donné des
enfants à son propre fils. Ce que je sais trop bien, c'est que volontairement
tu dévoiles sa honte et la mienne; et moi, c'est malgré moi
que je l'épousai , c'est malgré moi que j'en parle. Ainsi mon nom ne
sera pas plus flétri pour cet hymen fatal que pour le meurtre d'un
père dont tu ne cesses de m'accuser avec tant d'amertume. Réponds
seulement à ma demande : que ferais-tu, homme vertueux, si par
exemple quelqu'un venait fondre sur toi pour t'arracher la vie? Irais-tu
t'informer si l'agresseur est ton père, ou te vengerais-tu sur-le-champ ?
Je pense, pour peu que tu chérisses la vie, que tu punirais
l'assassin, sans songer à la justice de la vengeance. Et voilà cependant
l'affreuse nécessité où m'ont placé les lieux. Non, mon père lui-même,
s'il revenait à la vie, ne pourrait, je crois, me condamner.


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Dernière mise à jour : 24/05/2005