[2,1,35] Πάντα δὲ ταῦτα λέγει γεωμετρικῶς ἐλέγχων, οὐ πιθανῶς. Ταῦτα
δὲ καὶ αὐτὸς ἑαυτῷ ἐπενέγκας ἀπολύεται φήσας, εἰ μὲν παρὰ μικρὰ
διαστήματα ὑπῆρχεν ὁ ἔλεγχος, συγγνῶναι ἂν ἦν· ἐπειδὴ δὲ παρὰ
χιλιάδας σταδίων φαίνεται διαπίπτων, οὐκ εἶναι συγγνωστά· καίτοι
ἐκεῖνόν γε καὶ παρὰ τετρακοσίους σταδίους αἰσθητὰ ἀποφαίνεσθαι τὰ
παραλλάγματα, ὡς ἐπὶ τοῦ δι' Ἀθηνῶν παραλλήλου καὶ τοῦ διὰ
Ῥόδου. Ἔστι δὲ τὸ πρὸς αἴσθησιν οὐχ ἁπλοῦν, ἀλλὰ τὸ μὲν ἐν πλάτει
μείζονι τὸ δ' ἐν ἐλάττονι· μείζονι μέν, ἂν αὐτῷ τῷ ὀφθαλμῷ
πιστεύωμεν ἢ καρποῖς ἢ κράσεσιν ἀέρων πρὸς τὴν τῶν κλιμάτων
κρίσιν, ἐλάττονι δ', ἂν δι' ὀργάνων γνωμονικῶν ἢ διοπτρικῶν. Ὁ μὲν
οὖν δι' Ἀθηνῶν παράλληλος γνωμονικῶς ληφθεὶς καὶ ὁ διὰ Ῥόδου καὶ
Καρίας, εἰκότως ἐν σταδίοις τοσούτοις αἰσθητὴν ἐποίησε τὴν
διαφοράν. Ὁ δ' ἐν πλάτει μὲν τρισχιλίων σταδίων, μήκει δὲ καὶ
τετρακισμυρίων ὄρους, πελάγους δὲ τρισμυρίων λαμβάνων τὴν ἀπὸ
δύσεως ἐπ' ἰσημερινὰς ἀνατολὰς γραμμήν, καὶ τὰ ἐφ' ἑκάτερον τὸ
μέρος τὰ μὲν νότια ὀνομάζων τὰ δὲ βόρεια, καὶ ταῦτα πλινθία καλῶν
καὶ σφραγῖδας, νοείσθω πῶς καὶ ταῦτα λέγει καὶ πλευρὰ τὰ μὲν
ἀρκτικὰ τὰ δὲ νότια, καὶ πῶς τὰ μὲν ἑσπέρια τὰ δὲ ἑωθινά· καὶ τὸ μὲν
παρὰ πολὺ διαμαρτανόμενον παρορῶν ὑπεχέτω λόγον (δίκαιον γάρ),
τὸ δὲ παρὰ μικρὸν οὐδὲ παριδὼν ἐλεγκτέος ἐστίν. Ἐνταῦθα δ'
οὐδετέρως αὐτῷ προσάγεταί τις ἔλεγχος· οὔτε γὰρ τῶν ἐν τοσούτῳ
πλάτει γεωμετρική τις δύναιτ' ἂν εἶναι ἀπόδειξις, οὔτ' ἐν οἷς ἐπιχειρεῖ
γεωμετρεῖν ὁμολογουμένοις χρῆται λήμμασιν, ἀλλ' ἑαυτῷ πλάσας.
| [2,1,35] Dans tout ceci Hipparque argumente en géomètre, sans doute; mais
son raisonnement n'en est pas plus convaincant. Car il semble s'être
condamné lui-même et avoir voulu justifier Ératosthène, en ajoutant ce
qui suit, « que l'erreur d'Ératosthène eût été pardonnable, s'il se fût agi
seulement de faibles distances, mais que, comme les distances sur
lesquelles elle porte sont de plusieurs milliers de stades, on ne saurait la
lui passer, après qu'il a déclaré surtout qu'une simple distance de 400
stades suffisait à mettre entre deux parallèles, entre le parallèle d'Athènes
et celui de Rhodes, par exemple, une différence sensible ». Les
jugements de nos sens, en effet, ne sont pas tous de même nature, ils
comportent, suivant les cas, une latitude plus ou moins grande, une
latitude plus grande, quand, pour juger des climats ou de la situation
respective des lieux, nous consultons seulement le témoignage de nos
yeux, la nature des productions ou la différence de température, une
latitude moins grande, quand nous employons les instruments de
gnomonique et de dioptrique. Aussi conçoit-on que les parallèles
d'Athènes, de Rhodes et de Carie, pris à l'aide du gnomon, aient pu
présenter entre eux des différences sensibles, malgré la faible distance
qui les sépare. Mais quand un géographe, dans un espace pouvant avoir
une largeur de 30.000 stades et une longueur de 70.000 représentée par
une chaîne de montagnes de 40.000 stades et une mer de 30.000, tire une
ligne du couchant au levant équinoxial et détermine des deux côtés de
cette ligne une région méridionale et une région septentrionale, qu'il
partage à leur tour en carreaux et en sphragides, rendons-nous bien
compte du sens qu'il prête à chacun des termes qu'il emploie et de ce
qu'il entend au juste par côtés nord et sud, côtés est et ouest de sa figure
: que si maintenant il laisse passer, sans y faire attention, quelque erreur
un peu trop forte, qu'il en porte la peine (rien de plus juste) ; mais
reconnaissons, en même temps, qu'il serait tout aussi répréhensible de
n'avoir pas négligé les erreurs minimes. Eh bien! Dans le cas présent,
Ératosthène n'a encouru ni l'un ni l'autre de ces reproches; car la grande
latitude qu'il s'est donnée en opérant empêche qu'il ne tombe sous le
coup d'une argumentation géométrique, et Hipparque, qui prétend l'y
soumettre, ne le fait qu'en substituant à ses données celles qu'il lui a plu
de forger à sa convenance.
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