HODOI ELEKTRONIKAI
Du texte à l'hypertexte

Plutarque, Vie de Crassus

Chapitre 23

  Chapitre 23

[23] Λέγεται δὲ τῆς ἡμέρας ἐκείνης τὸν Κράσσον οὐχ, ὥσπερ ἔθος ἐστὶ Ῥωμαίων στρατηγόν, ἐν φοινικίδι προελθεῖν, ἀλλ´ ἐν ἱματίῳ μέλανι, καὶ τοῦτο μὲν εὐθὺς ἀλλάξαι συμφρονήσαντα, τῶν δὲ σημαιῶν ἐνίας μόλις ὥσπερ πεπηγυίας πολλὰ παθόντας ἀνελέσθαι τοὺς φέροντας. ὧν Κράσσος καταγελῶν ἐπετάχυνε τὴν πορείαν, προσβιαζόμενος ἀκολουθεῖν τὴν φάλαγγα τοῖς ἱππεῦσι, πρίν γε δὴ τῶν ἐπὶ κατασκοπὴν ἀποσταλέντων ὀλίγοι προσελάσαντες ἀπήγγειλαν ἀπολωλέναι τοὺς ἄλλους ὑπὸ τῶν πολεμίων, αὐτοὺς δὲ μόλις ἐκφυγεῖν, ἐπιέναι δὲ μαχουμένους πλήθει πολλῷ καὶ θάρσει τοὺς ἄνδρας. ἅπαντες μὲν οὖν ἐθορυβήθησαν, δὲ Κράσσος ἐξεπλάγη παντάπασι καὶ διὰ σπουδῆς οὐ πάνυ καθεστηκὼς παρέταττε, πρῶτον μέν, ὡς οἱ περὶ Κάσσιον ἠξίουν, ἀραιὰν τὴν φάλαγγα τῶν ὁπλιτῶν ἐπὶ πλεῖστον ἀνάγων τοῦ πεδίου πρὸς τὰς κυκλώσεις, τοὺς δ´ ἱππεῖς διανέμων τοῖς κέρασιν· ἔπειτα μετέδοξε, καὶ συναγαγὼν ἀμφίστομον ἐποίησε καὶ βαθὺ πλινθίον, εἰς δώδεκα σπείρας προερχομένης τῶν πλευρῶν ἑκάστης. παρὰ δὲ σπεῖραν ἴλην ἱππέων ἔταξεν, ὡς μηδὲν ἔχοι μέρος ἐνδεὲς ἱππικῆς βοηθείας, ἀλλὰ πανταχόθεν ὁμαλῶς προσφέροιτο πεφραγμένος. τῶν δὲ κεράτων τὸ μὲν Κασσίῳ, τὸ δὲ τῷ νέῳ Κράσσῳ παρέδωκεν, αὐτὸς δ´ εἰς μέσον κατέστη. καὶ προάγοντες οὕτως ἐπὶ ῥεῖθρον ἦλθον καλεῖται Βάλισσος, οὐ πολὺ μὲν ἄλλως οὐδ´ ἄφθονον, ἀσμένοις δὲ τότε τοῖς στρατιώταις φανὲν ἐν αὐχμῷ καὶ καύματι καὶ παρὰ τὴν ἄλλην ἐπίπονον καὶ ἄνυδρον πορείαν. οἱ μὲν οὖν πλεῖστοι τῶν ἡγεμόνων ᾤοντο δεῖν ἐνταῦθα καταυλισαμένους καὶ νυκτερεύσαντας, καὶ πυθομένους ἐφ´ ὅσον οἷόν τε πλῆθος καὶ τάξιν τῶν πολεμίων, ἅμ´ ἡμέρᾳ χωρεῖν ἐπ´ αὐτούς· Κράσσος δὲ τῷ παιδὶ καὶ τοῖς περὶ αὐτὸν ἱππεῦσιν ἐγκελευομένοις ἄγειν καὶ συνάπτειν ἐπαρθείς, ἐκέλευσεν ἑστῶτας ἐν τάξει φαγεῖν καὶ πιεῖν τοὺς δεομένους. καὶ πρὶν τοῦτο διὰ πάντων γενέσθαι καλῶς, ἦγεν οὐ σχέδην οὐδ´ ὡς ἐπὶ μάχῃ διαναπαύων, ἀλλ´ ὀξείᾳ καὶ συντόνῳ χρώμενος τῇ πορείᾳ, μέχρι οὗ κατώφθησαν οἱ πολέμιοι, παρὰ δόξαν οὔτε πολλοὶ φανέντες οὔτε σοβαροὶ τοῖς Ῥωμαίοις. τὸ μὲν γὰρ πλῆθος ὑπέστειλε τοῖς προτάκτοις Σουρήνας, τὴν δὲ λαμπρότητα κατέκρυπτε τῶν ὅπλων, ἱμάτια καὶ διφθέρας προίσχεσθαι κελεύσας. ὡς δ´ ἐγγὺς ἐγένοντο καὶ σημεῖον ἤρθη παρὰ τοῦ στρατηγοῦ, πρῶτον μὲν ἐνεπίμπλατο φθογγῆς βαρείας καὶ βρόμου φρικώδους τὸ πεδίον. Πάρθοι γὰρ οὐ κέρασιν οὐδὲ σάλπιγξιν ἐποτρύνουσιν ἑαυτοὺς εἰς μάχην, ἀλλὰ ῥόπτρα βυρσοπαγῆ καὶ κοῖλα περιτείναντες ἠχείοις χαλκοῖς ἅμα πολλαχόθεν ἐπιδουποῦσι, τὰ δὲ φθέγγεται βύθιόν τι καὶ δεινόν, ὠρυγῇ θηριώδει καὶ τραχύτητι βροντῆς μεμειγμένον, εὖ πως συνεωρακότες ὅτι τῶν αἰσθητηρίων ἀκοὴ ταρακτικώτατόν ἐστι τῆς ψυχῆς καὶ τὰ περὶ ταύτην πάθη τάχιστα κινεῖ καὶ μάλιστα πάντων ἐξίστησι τὴν διάνοιαν. [23] Ce jour-là, dit-on, Crassus, au lieu de paraître en public avec sa robe de pourpre, comme c'est l'usage des généraux romains, en prit une noire, et, s'en étant aperçu, il alla tout de suite en changer. Les officiers ayant voulu prendre les enseignes pour donner le signal de la marche, ils eurent autant de peine à les arracher que si elles eussent pris racine en terre. Crassus ne fit qu'en plaisanter, et, pour presser la marche, il força ses gens de pied de suivre la cavalerie. Mais bientôt quelques-uns des coureurs, qu'il avait envoyés à la découverte, vinrent lui rapporter que leurs camarades avaient été tués par les ennemis; qu'ils avaient eu eux-mêmes bien de la peine à leur échapper, et que l'armée des Parthes, aussi nombreuse que pleine d'audace, était en marche pour venir les attaquer. Ce rapport jeta le trouble dans toute l'armée; et Crassus en fut si étonné, que, hors de lui-même et n'ayant pas une entière liberté d'esprit, il rangea avec beaucoup de précipitation ses troupes en bataille. D'abord, par le conseil de Cassius, il donna le plus d'étendue possible à son infanterie, afin qu'occupant un grand espace, elle fût moins facile à envelopper, et il distribua la cavalerie sur les ailes; mais ensuite, changeant d'avis et resserrant son infanterie, il en forma une phalange carrée, d'une grande profondeur, qui faisait face de tous côtés et qui avait sur chaque face douze cohortes, fortifiées chacune par une compagnie de cavaliers; il voulait que chaque partie de cette phalange fût soutenue par la cavalerie, et que tout le corps de bataille étant également défendu chargeât avec plus de confiance. Il donna le commandement d'une des ailes à Cassius, mit son fils Crassus à la tête de l'autre, et se plaça lui-même au centre. Ils s'avancèrent dans cet ordre et arrivèrent aux bords d'un petit ruisseau appelé Balissus; il n'avait pas beaucoup d'eau, mais il fit un grand plaisir aux soldats, qui, par l'extrême sécheresse et la chaleur excessive qu'ils avaient essuyée dans une marche si pénible, étaient accablés de fatigue. La plupart des officiers proposèrent de camper en cet endroit et d'y passer la nuit, pour s'assurer autant qu'il serait possible du nombre des ennemis, de leur ordonnance de bataille, et les attaquer le lendemain à la pointe du jour. Mais Crassus, emporté par l'ardeur de son fils et de la cavalerie que commandait ce jeune homme, et qui le pressait de les mener au combat, ordonna que ceux qui voudraient prendre leur repas mangeassent debout sans quitter leurs rangs; il ne leur donna pas même le temps d'achever, et les fit remettre en marche; mais, au lieu de les faire aller au petit pas, et en prenant de temps en temps du repos, comme on a coutume de faire quand on mène des troupes au combat, ils marchaient d'un pas précipité, et ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils aperçurent les Parthes, qui, contre leur attente, ne leur parurent ni aussi nombreux ni aussi imposants qu'on les leur avait représentés: car Suréna avait placé derrière les premiers rangs une grande partie de ses troupes; et pour cacher l'éclat de leurs armes, il les leur avait fait couvrir avec des peaux ou avec leurs manteaux. Mais dès qu'ils furent près des Romains, et que Suréna leur eut donné le signal, à l'instant toute la campagne retentit de cris affreux et d'un bruit épouvantable; car les Parthes ne se servent pas, pour s'animer au combat, de cors ou de trompettes, mais d'instruments creux, couverts de cuir, entourés de sonnettes d'airain, sur lesquels ils frappent avec force, et d'où il sort un bruit sourd et effrayant, qui semble un mélange du rugissement des bêtes féroces et des éclats du tonnerre. Ils avaient très bien observé que l'ouïe est de tous nos sens celui qui porte plus aisément le trouble dans l'âme, qui émeut plus promptement les passions, et transporte plus vivement l'homme hors de lui-même.


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Dernière mise à jour : 1/09/2006