[8] Ἂν γὰρ σκοπῇς ἄνευ κενῆς δόξης τὴν ἀλήθειαν, ὁ
μίαν πόλιν ἔχων ξένος ἐστὶ τῶν ἄλλων ἁπασῶν καὶ ἀλλότριος.
οὐ γὰρ δοκεῖ καλὸν οὐδὲ δίκαιον εἶναι καταλιπόντα
τὴν ἑαυτοῦ νέμειν ἑτέραν.
‘Σπάρταν ἔλαχες, ταύτην κόσμει,’
κἂν ἄδοξος ᾖ κἂν νοσώδης κἂν ταράττηται στάσεσιν ὑφ´
ἑαυτῆς καὶ πράγμασι μὴ ὑγιαίνουσιν. οὗ δ´ ἡ τύχη τὴν
ἰδίαν ἀφῄρηται, τούτῳ δίδωσιν ἔχειν τὴν ἀρέσασαν. τὸ
γὰρ καλὸν ἐκεῖνο παράγγελμα τῶν Πυθαγορείων ‘ἑλοῦ
βίον τὸν ἄριστον, ἡδὺν δ´ αὐτὸν ἡ συνήθεια ποιήσει,’
κἀνταῦθα σοφόν ἐστι καὶ χρήσιμον· ‘ἑλοῦ πόλιν τὴν ἀρίστην
καὶ ἡδίστην, πατρίδα δ´ αὐτὴν ὁ χρόνος ποιήσει’,
καὶ πατρίδα μὴ περισπῶσαν μὴ ἐνοχλοῦσαν μὴ προστάττουσαν
‘εἰσένεγκε, πρέσβευσον εἰς Ῥώμην, ὑπόδεξαι τὸν
ἡγεμόνα, λειτούργησον.’ ἂν γὰρ τούτων τις μνημονεύῃ
φρένας ἔχων καὶ μὴ παντάπασι τετυφωμένος, αἱρήσεται
καὶ νῆσον οἰκεῖν φυγὰς γενόμενος Γύαρον ἢ Κίναρον
‘σκληρὰν ἄκαρπον καὶ φυτεύεσθαι κακήν’
οὐκ ἀθυμῶν οὐδ´ ὀδυρόμενος οὐδὲ λέγων ἐκεῖνα τὰ τῶν
παρὰ Σιμωνίδῃ γυναικῶν,
‘ἴσχει δέ με πορφυρέας ἁλὸς ἀμφιταρασσομένας ὀρυ{μαγδός’,
ἀλλὰ μᾶλλον τὸ τοῦ Φιλίππου λογιζόμενος· πεσὼν γὰρ
ἐν παλαίστρᾳ καὶ μεταστραφείς, ὡς εἶδε τοῦ σώματος
τὸν τύπον, ‘ὦ Ἡράκλεις,’ εἶπεν ‘ὡς μικροῦ μέρους τῆς
γῆς φύσει μετέχοντες ὅλης ἐφιέμεθα τῆς οἰκουμένης.’
| [8] Si l'on considère la vérité sans tenir compte d'une opinion
vaine, celui qui n'a qu'une ville est un hôte, un étranger
pour toutes les autres. Dès lors, en effet, il semble qu'il
ne soit ni honorable ni juste d'abandonner la sienne pour
habiter celle des autres. "Sparte t'est échue en partage :
honore-la", fût-elle une ville sans gloire, un séjour
malsain, et recélât-elle en elle-même des germes de dissension
et de désordre. Mais celui à qui la Fortune enleva
la patrie qui lui était échue en propre, celui-là est autorisé
par elle à prendre le pays qu'il aura préféré.
Ce beau précepte des Pythagoriciens: « Choisis la vie la
meilleure, et l'habitude finira par te la rendre agréable »,
ce précepte est également ici sage et profitable. Choisissez
la ville la meilleure et la plus agréable : le temps
fera d'elle pour vous une patrie, et une patrie qui ne vous
arrachera pas à vous-même, qui ne vous tourmentera pas,
qui ne vous dira pas impérieusement : « sois contribuable,
pars en députation pour Rome, reçois le proconsul, remplis
telle fonction publique.» Rien qu'à cette pensée, un homme
qui a du sens et à qui la vanité n'a pas complétement tourné
la tête, préférera même habiter, en exilé, une île telle que
Gyare ou l'âpre Cinare, sol stérile et rebelle à la culture.
Il sera bien loin de se désespérer, bien loin d'éclater en
lamentations, de dire comme ces femmes dont parle Simonide :
"D'une mer en courroux les flots nous environnent".
Il fera plutôt le même raisonnement que Philippe. Un jour,
au gymnase, ce prince était tombé; et en se retournant il
vit la marque qu'avait imprimée son corps : « Par Hercule,
dit-il, combien notre lot sur la terre est naturellement
petit ! Et pourtant nous aspirons à la posséder tout entière! »
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