[3,2,6] Τὸ δὲ παρ´ ἀξίαν, ὅταν ἀγαθοὶ κακὰ ἔχωσι, φαῦλοι δὲ τὰ ἐναντία, τὸ
μὲν λέγειν ὡς οὐδὲν κακὸν τῷ ἀγαθῷ οὐδ´ αὖ τῷ φαύλῳ ἀγαθὸν ὀρθῶς μὲν
λέγεται· ἀλλὰ διὰ τί τὰ μὲν παρὰ φύσιν τούτῳ, τὰ δὲ κατὰ φύσιν τῷ πονηρῷ;
Πῶς γὰρ καλῶς νέμειν οὕτω; Ἀλλ´ εἰ τὸ κατὰ φύσιν οὐ ποιεῖ προσθήκην πρὸς
τὸ εὐδαιμονεῖν, οὐδ´ αὖ τὸ παρὰ φύσιν ἀφαιρεῖ τοῦ κακοῦ τοῦ ἐν φαύλοις, τί
διαφέρει τὸ οὕτως ἢ οὕτως; Ὥσπερ οὐδ´ εἰ ὁ μὲν καλὸς τὸ σῶμα, ὁ δὲ αἰσχρὸς
ὁ ἀγαθός. Ἀλλὰ τὸ πρέπον καὶ ἀνάλογον καὶ τὸ κατ´ ἀξίαν ἐκείνως ἂν ἦν, ὃ
νῦν οὐκ ἔστι· προνοίας δὲ ἀρίστης ἐκεῖνο ἦν. Καὶ μὴν καὶ τὸ δούλους, τοὺς
δὲ δεσπότας εἶναι, καὶ ἄρχοντας τῶν πόλεων τοὺς κακούς, τοὺς δὲ ἐπιεικεῖς
δούλους εἶναι, οὐ πρέποντα ἦν, οὐδ´ εἰ προσθήκην ταῦτα μὴ φέρει εἰς ἀγαθοῦ
καὶ κακοῦ κτῆσιν. Καίτοι τὰ ἀνομώτατα ἂν πράξειεν ἄρχων πονηρός· καὶ
κρατοῦσι δ´ ἐν πολέμοις οἱ κακοὶ καὶ οἷα αἰσχρὰ δρῶσιν αἰχμαλώτους
λαβόντες. Πάντα γὰρ ταῦτα ἀπορεῖν ποιεῖ, ὅπως προνοίας οὔσης γίνεται. Καὶ
γὰρ εἰ πρὸς τὸ ὅλον βλέπειν δεῖ τὸν ὁτιοῦν μέλλοντα ποιεῖν, ἀλλὰ καὶ τὰ
μέρη ὀρθῶς ἔχει τάττειν ἐν δέοντι αὐτῷ καὶ μάλιστα, ὅταν ἔμψυχα ᾖ καὶ ζωὴν
ἔχῃ ἢ καὶ λογικὰ ᾖ, καὶ τὴν πρόνοιαν δὲ ἐπὶ πάντα φθάνειν καὶ τὸ ἔργον
αὐτῆς τοῦτ´ εἶναι, τὸ μηδενὸς ἠμεληκέναι. Εἰ οὖν φαμεν ἐκ νοῦ τόδε τὸ πᾶν
ἠρτῆσθαι καὶ εἰς ἅπαντα ἐληλυθέναι τὴν δύναμιν αὐτοῦ, πειρᾶσθαι δεῖ
δεικνύναι, ὅπῃ ἕκαστα τούτων καλῶς ἔχει.
| [3,2,6] Quant à cette objection que, contrairement à l'accord qui doit régner
entre la vertu et le bonheur, la fortune maltraite les bons et favorise
les méchants, la vraie réponse à faire c'est que rien de mal ne peut
arriver à l'homme de bien, rien de bien à l'homme vicieux.
Pourquoi (dira-t-on) l'un est-il exposé à ce qui est contraire à la
nature, tandis que l'autre obtient ce qui est conforme à la nature ?
Comment peut-il y avoir en cela justice distributive ? - Mais, si obtenir
ce qui est conforme à la nature n'augmente pas le bonheur de l'homme
vertueux, si être exposé à ce qui est contraire à la nature ne diminue en
rien la méchanceté de l'homme vicieux, qu'importe qu'il en soit ainsi ou
qu'il en soit autrement? Qu'importe aussi que l'homme vicieux soit
beau et que l'homme vertueux soit laid?
Cependant (dira-t-on), il semble que la convenance, l'ordre, la justice
réclamaient le contraire de ce qui a lieu maintenant; une sage Providence
aurait du le faire. En outre, que les méchants soient les maîtres et les
chefs des états, que les bons au contraire soient esclaves, ce n'est pas
une chose convenable, quand même elle n'aurait pas d'importance pour la
vertu ni pour le vice : car un mauvais prince commet les plus grands
crimes. Enfin, les méchants sont vainqueurs dans les combats et font subir
à leurs prisonniers les derniers outrages. On est ainsi amené à se
demander comment de tels faits peuvent avoir lieu s'il y a une Providence
divine. En effet, quoique, dans la production d'une oeuvre, il faille
considérer surtout l'ensemble, cependant les parties doivent obtenir aussi
ce qui leur est nécessaire, surtout quand elles sont animées, vivantes,
raisonnables ; il est juste que la Providence divine s'étende à tout,
puisque son devoir est précisément de ne rien négliger.
Si, en présence. de ces objections, nous affirmons encore que le monde
sensible dépend de l'Intelligence suprême, que la puissance de celle-ci
pénètre partout, nous devons essayer de montrer que tout est bien ici-bas.
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