Texte grec :
[408] (408a) οὐχ ὁρᾷς ὡς καὶ ἐν Τροίᾳ ἀγαθοὶ πρὸς τὸν πόλεμον ἐφάνησαν,
καὶ τῇ ἰατρικῇ, ὡς ἐγὼ λέγω, ἐχρῶντο;
ἢ οὐ μέμνησαι ὅτι καὶ τῷ Μενέλεῳ ἐκ τοῦ τραύματος οὗ ὁ Πάνδαρος ἔβαλεν :
αἷμ’ ἐκμυζήσαντες ἐπ’ ἤπια φάρμακ’ ἔπασσον,
ὅτι δ’ ἐχρῆν μετὰ τοῦτο ἢ πιεῖν ἢ φαγεῖν οὐδὲν μᾶλλον ἢ τῷ Εὐρυπύλῳ
προσέταττον, ὡς ἱκανῶν ὄντων τῶν φαρμάκων ἰάσασθαι ἄνδρας πρὸ τῶν
τραυμάτων ὑγιεινούς τε καὶ (b) κοσμίους ἐν διαίτῃ, κἂν εἰ τύχοιεν ἐν τῷ
παραχρῆμα κυκεῶνα πιόντες, νοσώδη δὲ φύσει τε καὶ ἀκόλαστον οὔτε
αὐτοῖς οὔτε τοῖς ἄλλοις ᾤοντο λυσιτελεῖν ζῆν, οὐδ’ ἐπὶ τούτοις τὴν τέχνην
δεῖν εἶναι, οὐδὲ θεραπευτέον αὐτούς, οὐδ’ εἰ Μίδου πλουσιώτεροι εἶεν.
Πάνυ κομψούς, ἔφη, λέγεις Ἀσκληπιοῦ παῖδας.
Πρέπει, ἦν δ’ ἐγώ, καίτοι ἀπειθοῦντές γε ἡμῖν οἱ τραγῳδοποιοί τε καὶ
Πίνδαρος Ἀπόλλωνος μέν φασιν Ἀσκληπιὸν εἶναι, ὑπὸ δὲ χρυσοῦ
πεισθῆναι πλούσιον ἄνδρα θανάσιμον (c) ἤδη ὄντα ἰάσασθαι, ὅθεν δὴ καὶ
κεραυνωθῆναι αὐτόν. ἡμεῖς δὲ κατὰ τὰ προειρημένα οὐ πεισόμεθα αὐτοῖς
ἀμφότερα, ἀλλ’ εἰ μὲν θεοῦ ἦν, οὐκ ἦν, φήσομεν, αἰσχροκερδής· εἰ δ’
αἰσχροκερδής, οὐκ ἦν θεοῦ.
᾿Ορθότατα, ἦ δ’ ὅς, ταῦτά γε. ἀλλὰ περὶ τοῦδε τί λέγεις, ὦ Σώκρατες;
ἆρ’ οὐκ ἀγαθοὺς δεῖ ἐν τῇ πόλει κεκτῆσθαι ἰατρούς; εἶεν δ’ ἄν που
μάλιστα τοιοῦτοι ὅσοι (d) πλείστους μὲν ὑγιεινούς, πλείστους δὲ νοσώδεις
μετεχειρίσαντο, καὶ δικασταὶ αὖ ὡσαύτως οἱ παντοδαπαῖς φύσεσιν ὡμιληκότες.
Καὶ μάλα, εἶπον, ἀγαθοὺς λέγω. ἀλλ’ οἶσθα οὓς ἡγοῦμαι τοιούτους;
῍Αν εἴπῃς, ἔφη.
Ἀλλὰ πειράσομαι, ἦν δ’ ἐγώ· σὺ μέντοι οὐχ ὅμοιον πρᾶγμα τῷ αὐτῷ λόγῳ ἤρου.
Πῶς; ἔφη.
᾿Ιατροὶ μέν, εἶπον, δεινότατοι ἂν γένοιντο, εἰ ἐκ παίδων ἀρξάμενοι
πρὸς τῷ μανθάνειν τὴν τέχνην ὡς πλείστοις τε καὶ πονηροτάτοις σώμασιν
ὁμιλήσειαν καὶ αὐτοὶ πάσας (e) νόσους κάμοιεν καὶ εἶεν μὴ πάνυ ὑγιεινοὶ
φύσει. οὐ γὰρ οἶμαι σώματι σῶμα θεραπεύουσιν : οὐ γὰρ ἂν αὐτὰ
ἐνεχώρει κακὰ εἶναί ποτε καὶ γενέσθαι : ἀλλὰ ψυχῇ σῶμα, ᾗ οὐκ ἐγχωρεῖ
κακὴν γενομένην τε καὶ οὖσαν εὖ τι θεραπεύειν.
᾿Ορθῶς, ἔφη.
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Traduction française :
[408] Ne vois-tu pas que ses enfants, (408a) en même temps qu'ils
combattaient vaillamment devant Troie, exerçaient la médecine
comme je dis ?
Ne te souviens-tu pas que lorsque Ménélas fut frappé d'une flèche
par Pandaros ils sucèrent le sang de la blessure et versèrent
dessus des remèdes calmants, sans lui prescrire, pas plus qu'à Eurypyle,
ce qu'il fallait boire ou manger après ? Ils savaient que ces remèdes
suffisaient à guérir des hommes qui, avant leurs blessures, étaient sains
et réglés dans leur régime, eussent-ils bu (408b) dans le moment même
le breuvage dont nous avons parlé ; quant au sujet maladif par
nature et incontinent, ils ne pensaient pas qu'il y eût avantage,
pour lui ou pour les autres, à prolonger sa vie, ni que l'art médical
fût fait à son intention, ni qu'on dût le soigner, fût-il plus riche que Midas.
Ils étaient bien subtils, d'après toi, les enfants d'Asclépios !
Comme il convient, dis-je. Cependant les poètes
tragiques et Pindare ne partagent point notre avis. Ils
prétendent qu'Asclépios était fils d'Apollon et qu'il se
laissa persuader, à prix d'or, de guérir un homme riche
(408c) atteint d'une maladie mortelle, ce pour quoi il fut
frappé de la foudre. Pour nous, suivant ce que nous
avons dit plus haut, nous ne croirons pas ces deux
assertions à la fois : si Asclépios était fils d'un dieu, il
n'était pas, dirons-nous, avide d'un gain sordide, et s'il
était avide d'un gain sordide, il n'était pas fils d'un dieu.
C'est très exact. Mais que dis-tu de ceci, Socrate : faut-il
avoir de bons médecins dans la cité ? Or les bons
médecins sont surtout, sans doute, ceux qui ont traité le
plus de sujets sains et malsains ; pareillement les bons
(408d) juges sont ceux qui ont eu affaire à toutes sortes de naturels.
Assurément, répondis-je, il faut de bons juges et de bons
médecins. Mais sais-tu ceux que je considère comme tels?
Je le saurai si tu me le dis.
Je vais essayer ; mais tu as compris dans la même
question deux choses dissemblables.
Comment ? demanda-t-il.
Les plus habiles médecins seraient ceux qui,
commençant dès l'enfance à apprendre leur art, auraient
traité le plus grand nombre de corps et les plus malsains,
et qui, n'étant pas eux-mêmes d'une complexion saine,
auraient souffert (408e) de toutes les maladies. En effet, ils
ne guérissent pas, je pense, le corps par le corps -
autrement il ne conviendrait pas qu'ils fussent ou deviennent jamais
malades mais le corps par l'âme, et l'âme qui est ou qui devient malade
ne peut bien soigner quelque mal que ce soit.
C'est vrai, dit-il.
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