[230] (230a) (ΕΤΑΙΡΟΣ)
Μηδὲ τοῦτο.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Ἀλλ' ὡς ἐναντίον ὂν τῷ κακῷ οὐκ ἀγαθόν ἐστι τὸ κερδαίνειν;
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Οὔτι πᾶν γε· τουτί μοι ἀνάθου.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Δοκεῖ ἄρα σοι, ὡς ἔοικε, τοῦ κέρδους τὸ μέν τι ἀγαθὸν εἶναι, τὸ δέ τι
κακόν.
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Ἔμοιγε.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Ἀνατίθεμαι τοίνυν σοὶ τοῦτο· ἔστω γὰρ δὴ κέρδος τι ἀγαθὸν καὶ ἕτερον
κέρδος τι κακόν. Κέρδος δέ γε οὐδὲν μᾶλλόν ἐστιν αὐτῶν τὸ ἀγαθὸν ἢ τὸ
κακόν· ἦ γάρ;
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Πῶς με ἐρωτᾷς;
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Ἐγὼ φράσω. σιτίον ἐστίν τι ἀγαθόν τε καὶ κακόν;
(230b) (ΕΤΑΙΡΟΣ)
Ναί.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Ἆρ' οὖν μᾶλλόν τι αὐτῶν ἐστι τὸ ἕτερον τοῦ ἑτέρου σιτίον, ἢ ὁμοίως τοῦτό
γε, σιτία, ἐστὸν ἀμφότερα καὶ ταύτῃ γε οὐδὲν διαφέρει τὸ ἕτερον τοῦ
ἑτέρου, κατὰ τὸ σιτίον εἶναι, ἀλλὰ ᾗ τὸ μὲν αὐτῶν ἀγαθόν, τὸ δὲ κακόν;
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Ναί.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Οὐκοῦν καὶ ποτὸν καὶ τἆλλα πάντα, ὅσα τῶν ὄντων ταὐτὰ ὄντα τὰ μὲν πέπονθεν
ἀγαθὰ εἶναι, τὰ δὲ κακά, οὐδὲν ἐκείνῃ γε διαφέρει τὸ ἕτερον τοῦ ἑτέρου, ᾗ
τὸ (230c) αὐτό ἐστιν; Ὥσπερ ἄνθρωπος δήπου ὁ μὲν χρηστός ἐστιν, ὁ δὲ
πονηρός.
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Ναί.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Ἀλλ' ἄνθρωπός γε οἶμαι οὐδέτερος οὐδετέρου οὔτε μᾶλλον οὔτε ἧττόν ἐστιν,
οὔτε ὁ χρηστὸς τοῦ πονηροῦ οὔτε ὁ πονηρὸς τοῦ χρηστοῦ.
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Ἀληθῆ λέγεις.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Οὐκοῦν οὕτω καὶ περὶ τοῦ κέρδους διανοώμεθα, ὡς κέρδος γε ὁμοίως ἐστὶ καὶ
τὸ πονηρὸν καὶ τὸ χρηστόν;
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Ἀνάγκη.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Οὐδὲν ἄρα μᾶλλον κερδαίνει ὁ τὸ χρηστὸν κέρδος ἔχων ἢ τὸ πονηρόν· οὔκουν
μᾶλλόν γε κέρδος φαίνεται (230d) οὐδέτερον ὄν, ὡς ὁμολογοῦμεν.
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Ναί.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Οὐδετέρῳ γὰρ αὐτῶν οὔτε τὸ μᾶλλον οὔτε τὸ ἧττον πρόσεστιν.
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Οὐ γὰρ δή.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Τῷ δὴ τοιούτῳ πράγματι πῶς ἄν τις μᾶλλον ἢ ἧττον ὁτιοῦν ἂν ποιοῖ ἢ πάσχοι,
ᾧ μηδέτερον τούτων προσείη;
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Ἀδύνατον.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Ἐπειδὴ τοίνυν κέρδη μὲν ὁμοίως ἐστὶν ἀμφότερα καὶ κερδαλέα, τουτὶ δὴ δεῖ
ἡμᾶς ἐπισκέψασθαι, διὰ τί ποτε ἀμφότερα αὐτὰ κέρδος καλεῖς, τί ταὐτὸν ἐν
ἀμφοτέροις ὁρῶν; (230e) ὥσπερ ἂν εἰ (ἃ) σύ με ἠρώτας τὰ νυνδή, διὰ τί ποτε
καὶ τὸ ἀγαθὸν σιτίον καὶ τὸ κακὸν σιτίον ὁμοίως ἀμφότερα σιτία καλῶ, εἶπον
ἄν σοι διότι ἀμφότερα ξηρὰ τροφὴ σώματός ἐστιν, διὰ τοῦτο ἔγωγε· τοῦτο γὰρ
εἶναι σιτίον κἂν σύ που ἡμῖν ὁμολογοῖς. Ἦ γάρ;
(ΕΤΑΙΡΟΣ)
Ἔγωγε.
(ΣΩΚΡΑΤΗΣ)
Καὶ περὶ ποτοῦ οὖν ὁ αὐτὸς ἂν τρόπος εἴη τῆς ἀποκρίσεως, ὅτι τῇ τοῦ
σώματος ὑγρᾷ τροφῇ,
| [230] (230a) (L'ANONYME)
Pas davantage.
(SOCRATE)
Ou faut-il que je te remette qu'il est bien de gagner, le gain étant
contraire au mal?
(L'ANONYME)
Non, ne me remets pas cela.
(SOCRATE)
Tu penses, à ce qu'il paraît, que le gain peut avoir quelque chose de bon
et quelque chose de mauvais?
(L'ANONYME)
Tu as deviné ma pensée.
(SOCRATE)
Je te remets tout ce que nous avons dit là-dessus. Soit : tel gain est
bon, tel autre mauvais. Mais le bon n'est pas plus gain que le mauvais ;
n'est-ce pas?
(L'ANONYME)
Pourquoi cette demande?
(SOCRATE)
Je m'explique: un mets peut-il être bon ou mauvais?
(230b) (L'ANONYME)
Sans doute.
(SOCRATE)
L'un est-il pour cela plus mets que l'autre? ou tous deux ne sont-ils pas
la même chose, c'est-à-dire, des mets? N'est-il pas vrai qu'ils ne
diffèrent aucunement l'un de l'autre, en tant que mets, et qu'ils
diffèrent seulement en ce que l'un est bon et l'autre mauvais ?
(L'ANONYME)
Comme tu le dis.
(SOCRATE)
N'en est-il pas de même de la boisson et de toutes les autres choses qui,
identiques au fond, se trouvent accidentellement les unes bonnes et les autres
mauvaises, sans différer entre elles le moins du monde, attendu qu'elles (230c)
sont la même chose, comme l'homme est toujours homme, le bon ainsi que le
méchant?
(L'ANONYME)
Cela est juste.
(SOCRATE)
Aucun d'eux, je pense, n'est ni plus ni moins homme que l'autre; le bon
pas plus que le méchant, et le méchant pas plus que le bon.
(L'ANONYME)
Tu dis la vérité.
(SOCRATE)
Ne pouvons-nous pas dire la même chose du gain? Le gain n'est-il pas
toujours gain, le bon comme le mauvais ?
(L'ANONYME)
Nécessairement.
(SOCRATE)
Celui donc qui fait une bonne espèce de gain ne gagne pas plus que celui
qui en préfère une mauvaise espèce ; nul de ces gains ne l'est plus (230d)
que l'autre, ainsi que nous en sommes convenus.
(L'ANONYME)
Non, certes.
(SOCRATE)
Donc plus et le moins ne conviennent ni à l'un ni à l'autre.
(L'ANONYME)
Nullement.
(SOCRATE)
Et comment pourrait-il y avoir du plus ou du moins pour quelqu'un dans une
chose qui n'est par elle-même susceptible ni de plus ni de moins ?
ANONYME.
Impossible.
(SOCRATE)
Puisque l'un et l'autre sont également des gains, il nous reste à chercher
ce que tu vois de commun dans l'un et dans l'autre qui te les fait nommer
des gains ; (230e) comme si tu me demandais pourquoi j'appelle également
mets un bon mets comme un mauvais, je te répondrais que quant à moi
j'appelle l'un et l'autre des mets, parce que tous deux sont une
nourriture solide qui peut être donnée à notre corps. Car tu accorderas
que tout mets est cela ; n'est-ce pas ?
(L'ANONYME)
Je ne puis m'y refuser.
(SOCRATE)
Je répondrais de la même manière pour la boisson.
On l'appelle boisson, parce qu'elle est pour notre corps un aliment liquide,
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