Texte grec :
[53,19] ἡ μὲν οὖν πολιτεία οὕτω τότε πρός τε τὸ βέλτιον καὶ πρὸς τὸ
σωτηριωδέστερον μετεκοσμήθη καὶ γάρ που καὶ παντάπασιν ἀδύνατον
ἦν δημοκρατουμένους αὐτοὺς σωθῆναι. οὐ μέντοι καὶ ὁμοίως
τοῖς πρόσθεν τὰ μετὰ ταῦτα πραχθέντα λεχθῆναι δύναται. πρότερον
μὲν γὰρ ἔς τε τὴν βουλὴν καὶ ἐς τὸν δῆμον πάντα, καὶ εἰ
πόρρω που συμβαίη, ἐσεφέρετο· καὶ διὰ τοῦτο πάντες τε αὐτὰ
ἐμάνθανον καὶ πολλοὶ συνέγραφον, κἀκ τούτου καὶ ἡ ἀλήθεια αὐτῶν,
εἰ καὶ τὰ μάλιστα καὶ φόβῳ τινὰ καὶ χάριτι φιλίᾳ τε καὶ
ἔχθρᾳ τισὶν ἐρρήθη, παρὰ γοῦν τοῖς ἄλλοις τοῖς τὰ αὐτὰ γράψασι
τοῖς τε ὑπομνήμασι τοῖς δημοσίοις τρόπον τινὰ εὑρίσκετο. ἐκ δὲ
δὴ τοῦ χρόνου ἐκείνου τὰ μὲν πλείω κρύφα καὶ δι´ ἀπορρήτων
γίγνεσθαι ἤρξατο, εἰ δέ πού τινα καὶ δημοσιευθείη, ἀλλὰ ἀνεξέλεγκτά
γε ὄντα ἀπιστεῖται· καὶ γὰρ λέγεσθαι καὶ πράττεσθαι πάντα πρὸς
τὰ τῶν ἀεὶ κρατούντων τῶν τε παραδυναστευόντων σφίσι βουλήματα
ὑποπτεύεται. καὶ κατὰ τοῦτο πολλὰ μὲν οὐ γιγνόμενα θρυλεῖται,
πολλὰ δὲ καὶ πάνυ συμβαίνοντα ἀγνοεῖται, πάντα δὲ ὡς
εἰπεῖν ἄλλως πως ἢ ὡς πράττεται διαθροεῖται. καὶ μέντοι καὶ τὸ
τῆς ἀρχῆς μέγεθος τό τε τῶν πραγμάτων πλῆθος δυσχερεστάτην
τὴν ἀκρίβειαν αὐτῶν παρέχεται. ἔν τε γὰρ τῇ Ῥώμῃ συχνὰ καὶ
παρὰ τῷ ὑπηκόῳ αὐτῆς πολλά, πρός τε τὸ πολέμιον ἀεὶ καὶ καθ´
ἡμέραν ὡς εἰπεῖν γίγνεταί τι, περὶ ὧν τὸ μὲν σαφὲς οὐδεὶς ῥᾳδίως
ἔξω τῶν πραττόντων αὐτὰ γιγνώσκει, πλεῖστοι δ´ ὅσοι οὐδ´
ἀκούουσι τὴν ἀρχὴν ὅτι γέγονεν. ὅθενπερ καὶ ἐγὼ πάντα τὰ ἑξῆς,
ὅσα γε καὶ ἀναγκαῖον ἔσται εἰπεῖν, ὥς που καὶ δεδήμωται φράσω,
εἴτ´ ὄντως οὕτως εἴτε καὶ ἑτέρως πως ἔχει. προσέσται μέντοι τι
αὐτοῖς καὶ τῆς ἐμῆς δοξασίας, ἐς ὅσον ἐνδέχεται, ἐν οἷς ἄλλο τι
μᾶλλον ἢ τὸ θρυλούμενον ἠδυνήθην ἐκ πολλῶν ὧν ἀνέγνων ἢ καὶ
ἤκουσα ἢ καὶ εἶδον τεκμήρασθαι.
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Traduction française :
[53,19] Le gouvernement prit ainsi, à cette époque, une
forme meilleure et plus salutaire ; car il était de toute
impossibilité aux Romains de se sauver avec le gouvernement
républicain. Du reste, les événements qui se
passèrent dans la suite ne sauraient être racontés de la
même manière que ceux qui ont précédé. Autrefois, en
effet, toutes les affaires, quelque loin que la chose arrivât,
étaient soumises au sénat et au peuple, et, par
conséquent, tout le monde les connaissait et plusieurs
les écrivaient. Aussi la vérité, bien que quelques-uns
aient, dans leur récit, cédé à la crainte ou à la faveur, à
l'amitié ou à la haine, se trouvait cependant, jusqu'à un
certain point, chez les autres qui avaient écrit les
mêmes faits, et dans les Actes publics. Mais, à partir de
cette époque, la plupart des choses commencèrent à se
faire en cachette et en secret : car, bien que parfois
quelques-unes fussent publiées, comme il n'y avait
pas de contrôle, cette publication inspire peu de confiance,
attendu qu'on soupçonne que tout est dit et fait
selon le gré du prince et de ceux qui exercent la puissance
à ses côtés. De là, beaucoup de faits répandus qui
n'ont pas eu lieu, beaucoup d'ignorés qui sont réellement
arrivés ; il n'est rien, pour ainsi dire, qui ne soit
publié autrement qu'il s'est passé. D'ailleurs, la grandeur
de l'empire et la multitude des affaires rend très difficile
de les connaître exactement. En effet, une foule
de choses à Rome, quantité d'autres dans les pays
soumis, ou dans les pays en guerre avec nous, se succèdent,
pour ainsi dire, chaque jour, sur lesquelles
personne n'est à portée de connaître rien de certain,
hormis ceux qui les accomplissent ; le plus grand nombre
n'apprend même pas, dans le principe, qu'elles ont eu
lieu. C'est pour cette raison que tous les événements
que, dans la suite du temps, il sera nécessaire de raconter,
je les rapporterai désormais à peu près comme
ils se sont transmis, qu'ils soient réellement arrivés ainsi
ou qu'ils soient arrivés de toute autre manière. J'y
joindrai néanmoins, autant que possible, mon opinion
personnelle toutes les fois que j'ai pu, par mes nombreuses
lectures, par ce que j'ai entendu et ce que j'ai vu,
former une conjecture différente de la tradition vulgaire.
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