Texte grec :
| [10b,14] Οὐκ ὤκνησαν δέ τινες τὴν Κεφαλληνίαν τὴν αὐτὴν τῷ Δουλιχίῳ φάναι, οἱ δὲ τῇ
Τάφῳ, καὶ Ταφίους τοὺς Κεφαλληνίους, τοὺς δ' αὐτοὺς καὶ Τηλεβόας, καὶ τὸν Ἀμφιτρύωνα
δεῦρο στρατεῦσαι μετὰ Κεφάλου τοῦ Δηιονέως ἐξ Ἀθηνῶν φυγάδος παραληφθέντος,
κατασχόντα δὲ τὴν νῆσον παραδοῦναι τῷ Κεφάλῳ, καὶ ταύτην μὲν ἐπώνυμον ἐκείνου
γενέσθαι τὰς δὲ πόλεις τῶν παίδων αὐτοῦ. Ταῦτα δ' οὐχ ὁμηρικά· οἱ μὲν γὰρ Κεφαλλῆνες
ὑπὸ Ὀδυσσεῖ καὶ Λαέρτῃ, ἡ δὲ Τάφος ὑπὸ τῷ Μέντῃ
Μέντης Ἀγχιάλοιο δαί̈φρονος εὔχομαι εἶναι υἱός, ἀτὰρ Ταφίοισι φιληρέτμοισιν
ἀνάσσω.
Καλεῖται δὲ νῦν Ταφιὰς ἡ Τάφος. Οὐδ' Ἑλλάνικος ὁμηρικὸς Δουλίχιον τὴν
Κεφαλληνίαν λέγων. Τὸ μὲν γὰρ ὑπὸ Μέγητι εἴρηται καὶ αἱ λοιπαὶ Ἐχινάδες, οἵ τε
ἐνοικοῦντες Ἐπειοὶ ἐξ Ἤλιδος ἀφιγμένοι· διόπερ καὶ τὸν Ὦτον τὸν Κυλλήνιον
Φυλείδεω ἕταρον μεγαθύμων ἀρχὸν Ἐπειῶν
καλεῖ.
Αὐτὰρ Ὀδυσσεὺς ἦγε Κεφαλλῆνας μεγαθύμους.
Οὔτ' οὖν Δουλίχιον ἡ Κεφαλληνία καθ' Ὅμηρον οὔτε τῆς Κεφαλληνίας τὸ Δουλίχιον,
ὡς Ἄνδρων φησί· τὸ μὲν γὰρ Ἐπειοὶ κατεῖχον, τὴν δὲ Κεφαλληνίαν ὅλην Κεφαλλῆνες ὑπὸ
Ὀδυσσεῖ, οἱ δ' ὑπὸ Μέγητι. Οὐδὲ Παλεῖς Δουλίχιον ὑφ' Ὁμήρου λέγονται, ὡς γράφει
Φερεκύδης. Μάλιστα δ' ἐναντιοῦται Ὁμήρῳ ὁ τὴν Κεφαλληνίαν τὴν αὐτὴν τῷ Δουλιχίῳ
λέγων, εἴπερ τῶν μνηστήρων ἐκ μὲν Δουλιχίοιο δύω καὶ πεντήκοντα ἦσαν, ἐκ δὲ Σάμης
πίσυρές τε καὶ εἴκοσιν. Οὐ γὰρ τοῦτ' ἂν εἴη λέγων, ἐξ ὅλης μὲν τόσους ἐκ δὲ μιᾶς τῶν
τεττάρων παρὰ δύο τοὺς ἡμίσεις. Εἰ δ' ἄρα τοῦτο δώσει τις, ἐρησόμεθα τίς ἂν εἴη ἡ Σάμη,
ὅταν οὕτω φῇ
Δουλίχιόν τε Σάμην τ' ἠδ' ὑλήεντα Ζάκυνθον.
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Traduction française :
| [10b,14] Quelques auteurs n'ont pas craint d'avancer que Céphallénie était la même île
qu'Homère mentionne sous le nom de Dulichium ; d'autres l'ont identifiée avec Taphos
et ont prétendu que les noms de Céphalléniens et de Taphiens, voire celui de
Téléboens, ne désignaient qu'un seul et même peuple ; qu'Amphitryon, en compagnie
de Céphale, fils de Déionée, alors exilé d'Athènes, avait jadis envahi et conquis l'île de
Taphos, mais pour la céder aussitôt à son compagnon de qui elle avait pris le nom,
pendant que les quatre villes de la tétrapole prenaient chacune le nom d'un de ses fils.
Rien de moins homérique malheureusement. Les Céphallènes, en effet, dans Homère,
figurent comme étant les sujets d'Ulysse et de Laërte, tandis que les Taphiens ont pour
chef Mentès :
«Je suis Mentès, fils du valeureux Anchiale ; je commande aux Taphiens,
peuple habile à manier la rame» (Od. I, 181).
Et c'est l'île actuelle de Taphiûs qui représente l'ancienne Taphos. Quant à l'opinion
d'Hellanicus que Céphallénie n'est autre que l'île appelée Dulichium par le poète, elle
n'est pas plus conforme à la tradition homérique. Celle-ci, en effet, place Dulichium et
les autres Echinades, et par conséquent les Epéens leurs habitants, peuple originaire
d'Elide, sous l'autorité de Mégès. Ainsi, en parlant d'Otus le Cyllénien, Homère ajoute :
«Il était l'ami, le lieutenant du fils de Phylée, et guidait au combat les nobles Epéens» (Il. XV, 519)
tandis que c'est Ulysse qui marchait à la tête des braves Céphalléniens.
Il est donc impossible, puisque Homère nous montre les Epéens, sujets de Mégès,
occupant seuls tout Dulichium, comme les Céphallènes, sujets d'Ulysse, occupaient à
eux seuls l'île entière de Céphallénie, de s'autoriser du témoignage du poète pour
identifier Dulichium, soit avec Céphallénie même, soit, comme le veut Andron, avec une
des villes de cette île, avec Palées par exemple, que Phérécyde déclare être le lieu
qu'Homère a voulu désigner sous le nom de Dulichium. Mais de tous les commentateurs
d'Homère aucun ne raisonne d'une façon aussi anti-homérique que celui qui, pour
identifier Céphallénie avec l'antique Dulichium, se fonde sur cette circonstance {de
l'entretien de Télémaque avec son père} que
«Les prétendants étaient venus de Dulichium au nombre de cinquante-deux, et
de Samé au nombre de vingt-quatre» ;
car, à coup sûr, après avoir marqué le nombre fourni par l'île entière, le poète n'eût
pas été dire qu'une des quatre cités de l'île avait à elle seule fourni presque la moitié de
ce nombre (la moitié moins deux), ou, si l'on admet la chose comme étant à la rigueur
possible, qu'on nous explique alors ce que peut bien faire le nom de Samé dans cet
autre passage :
«Et Dulichium et Samé, et la verte Zacynthe» (Od. I, 246).
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