Texte grec :
| [10b,9] Ἔχει δὲ τὸ τοῦ Λευκάτα Ἀπόλλωνος ἱερὸν καὶ τὸ ἅλμα τὸ τοὺς ἔρωτας παύειν
πεπιστευμένον·
Οὗ δὴ λέγεται πρώτη Σαπφώ
ὥς φησιν ὁ Μένανδρος
Τὸν ὑπέρκομπον θηρῶσα Φάων'
οἰστρῶντι πόθῳ ῥῖψαι πέτρας
ἀπὸ τηλεφανοῦς ἅλμα κατ' εὐχὴν
σήν, δέσποτ' ἄναξ.
Ὁ μὲν οὖν Μένανδρος πρώτην ἁλέσθαι λέγει τὴν Σαπφώ, οἱ δ' ἔτι ἀρχαιολογικώτεροι
Κέφαλόν φασιν ἐρασθέντα Πτερέλα τὸν Δηιονέως. Ἦν δὲ καὶ πάτριον τοῖς Λευκαδίοις κατ'
ἐνιαυτὸν ἐν τῇ θυσίᾳ τοῦ Ἀπόλλωνος ἀπὸ τῆς σκοπῆς ῥιπτεῖσθαί τινα τῶν ἐν αἰτίαις ὄντων
ἀποτροπῆς χάριν, ἐξαπτομένων ἐξ αὐτοῦ παντοδαπῶν πτερῶν καὶ ὀρνέων ἀνακουφίζειν
δυναμένων τῇ πτήσει τὸ ἅλμα, ὑποδέχεσθαι δὲ κάτω μικραῖς ἁλιάσι κύκλῳ περιεστῶτας
πολλοὺς καὶ περισώζειν εἰς δύναμιν τῶν ὅρων ἔξω τὸν ἀναληφθέντα. Ὁ δὲ τὴν
Ἀλκμαιονίδα γράψας, Ἰκαρίου τοῦ Πηνελόπης πατρὸς υἱεῖς γενέσθαι δύο, Ἀλυζέα καὶ
Λευκάδιον, δυναστεῦσαι δ' ἐν τῇ Ἀκαρνανίᾳ τούτους μετὰ τοῦ πατρός· τούτων οὖν
ἐπωνύμους τὰς πόλεις Ἔφορος λέγεσθαι δοκεῖ.
|
|
Traduction française :
| [10b,9] C'est du haut de ce cap {Leucate}, dominé aujourd'hui encore par le temple
d'Apollon-Leucate que l'on faisait le saut terrible, qui, suivant une croyance généralement
répandue, pouvait seul guérir du mal d'amour. On connaît les vers de Ménandre à ce
sujet : «Sapho est la première, dit-on, qui, dans le délire de la passion, et lasse d'avoir
poursuivi en vain de son amour l'insensible Phaon, s'élança du haut de cette roche
resplendissante, en invoquant ton nom, ô divin maître...».
Ménandre, on le voit, attribue formellement à Sapho l'origine du saut de Leucade ;
mais d'autres auteurs plus versés que lui dans la connaissance des antiquités assurent
que ce fut Céphale, fils de Déionée, qui le premier chercha dans cette épreuve un
remède à la passion qu'il ressentait pour Ptérélas. De toute antiquité, du reste, il avait
été d'usage à Leucade, que chaque année, le jour de la fête d'Apollon, on précipitât du
haut du cap Leucate, à titre de victime expiatoire, quelque malheureux poursuivi pour un
crime capital. On avait soin seulement de lui empenner tout le corps et de l'attacher à
des volatiles vivants qui pouvaient, en déployant leurs ailes, le soutenir et amortir
d'autant sa chute. De plus, au-dessous du rocher, un grand nombre de pêcheurs dans
leurs barques attendaient le moment de la chute, rangés en cercle, et prêts à recueillir la
victime et à la transporter loin de Leucade, si le sauvetage réussissait.
|
|