Texte grec :
[351] (351a) οὐ γὰρ ταὐτὸν εἶναι δύναμίν τε καὶ ἰσχύν, ἀλλὰ τὸ μὲν
καὶ ἀπὸ ἐπιστήμης γίγνεσθαι, τὴν δύναμιν, καὶ ἀπὸ μανίας
γε καὶ θυμοῦ, ἰσχὺν δὲ ἀπὸ φύσεως καὶ εὐτροφίας τῶν
σωμάτων. οὕτω δὲ κἀκεῖ οὐ ταὐτὸν εἶναι θάρσος τε καὶ
ἀνδρείαν· ὥστε συμβαίνει τοὺς μὲν ἀνδρείους θαρραλέους
εἶναι, μὴ μέντοι τούς γε θαρραλέους ἀνδρείους πάντας·
θάρσος μὲν γὰρ καὶ ἀπὸ τέχνης γίγνεται ἀνθρώποις καὶ
(351b) ἀπὸ θυμοῦ γε καὶ ἀπὸ μανίας, ὥσπερ ἡ δύναμις, ἀνδρεία
δὲ ἀπὸ φύσεως καὶ εὐτροφίας τῶν ψυχῶν γίγνεται.
Λέγεις δέ τινας, ἔφην, ὦ Πρωταγόρα, τῶν ἀνθρώπων
εὖ ζῆν, τοὺς δὲ κακῶς; — Ἔφη. — Ἆρ´ οὖν δοκεῖ σοι ἄνθρωπος
ἂν εὖ ζῆν, εἰ ἀνιώμενός τε καὶ ὀδυνώμενος ζῴη; — Οὐκ
ἔφη. — Τί δ´ εἰ ἡδέως βιοὺς τὸν βίον τελευτήσειεν; οὐκ εὖ
ἄν σοι δοκεῖ οὕτως βεβιωκέναι; — Ἔμοιγ´, ἔφη. — Τὸ μὲν ἄρα
(351c) ἡδέως ζῆν ἀγαθόν, τὸ δ´ ἀηδῶς κακόν. — Εἴπερ τοῖς καλοῖς
γ´, ἔφη, ζῴη ἡδόμενος. — Τί δή, ὦ Πρωταγόρα; μὴ καὶ σύ,
ὥσπερ οἱ πολλοί, ἡδέ´ ἄττα καλεῖς κακὰ καὶ ἀνιαρὰ ἀγαθά;
ἐγὼ γὰρ λέγω, καθ´ ὃ ἡδέα ἐστίν, ἆρα κατὰ τοῦτο οὐκ
ἀγαθά, μὴ εἴ τι ἀπ´ αὐτῶν ἀποβήσεται ἄλλο; καὶ αὖθις αὖ
τὰ ἀνιαρὰ ὡσαύτως οὕτως οὐ καθ´ ὅσον ἀνιαρά, κακά; —
Οὐκ οἶδα, ὦ Σώκρατες, ἔφη, ἁπλῶς οὕτως, ὡς σὺ ἐρωτᾷς,
(351d) εἰ ἐμοὶ ἀποκριτέον ἐστὶν ὡς τὰ ἡδέα τε ἀγαθά ἐστιν ἅπαντα
καὶ τὰ ἀνιαρὰ κακά· ἀλλά μοι δοκεῖ οὐ μόνον πρὸς τὴν νῦν
ἀπόκρισιν ἐμοὶ ἀσφαλέστερον εἶναι ἀποκρίνασθαι, ἀλλὰ καὶ
πρὸς πάντα τὸν ἄλλον βίον τὸν ἐμόν, ὅτι ἔστι μὲν ἃ τῶν
ἡδέων οὐκ ἔστιν ἀγαθά, ἔστι δ´ αὖ καὶ ἃ τῶν ἀνιαρῶν οὐκ
ἔστι κακά, ἔστι δ´ ἃ ἔστι, καὶ τρίτον ἃ οὐδέτερα, οὔτε κακὰ
οὔτ´ ἀγαθά. — Ἡδέα δὲ καλεῖς, ἦν δ´ ἐγώ, οὐ τὰ ἡδονῆς
(351e) μετέχοντα ἢ ποιοῦντα ἡδονήν; — Πάνυ γ´, ἔφη. — Τοῦτο τοίνυν
λέγω, καθ´ ὅσον ἡδέα ἐστίν, εἰ οὐκ ἀγαθά, τὴν ἡδονὴν
αὐτὴν ἐρωτῶν εἰ οὐκ ἀγαθόν ἐστιν. — Ὥσπερ σὺ λέγεις, ἔφη,
ἑκάστοτε, ὦ Σώκρατες, σκοπώμεθα αὐτό, καὶ ἐὰν μὲν πρὸς
λόγον δοκῇ εἶναι τὸ σκέμμα καὶ τὸ αὐτὸ φαίνηται ἡδύ τε
καὶ ἀγαθόν, συγχωρησόμεθα· εἰ δὲ μή, τότε ἤδη ἀμφισβητήσομεν.
Πότερον οὖν, ἦν δ´ ἐγώ, σὺ βούλει ἡγεμονεύειν τῆς
σκέψεως, ἢ ἐγὼ ἡγῶμαι;
Δίκαιος, ἔφη, σὺ ἡγεῖσθαι· σὺ γὰρ καὶ κατάρχεις τοῦ λόγου.
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Traduction française :
[351] car la force et la vigueur ne sont pas la même chose, l'une, la force,
venant de la science, de la fureur et de la colère ; la vigueur, au contraire,
venant de la nature et de la bonne nourriture du corps. C'est ainsi que tout à
l'heure j'ai pu dire que la hardiesse et le courage ne sont pas la même
chose, et la conclusion qui s'impose, c'est que les hommes courageux
sont hardis, mais que les hommes hardis ne sont pas tous courageux ;
car la hardiesse vient aux hommes de l'art, de la colère et de la fureur,
comme la force ; mais le courage vient de la nature et de la bonne
nourriture de l'âme.
XXXV. - Conviens-tu, Protagoras, lui dis-je, que, parmi les hommes,
les uns vivent bien, les autres mal ?
- Oui.
- Trouves-tu qu'un homme vit bien, quand il vit dans le chagrin et la
souffrance ?
- Non.
- Mais s'il avait mené une vie agréable jusqu'à sa mort, ne
trouverais-tu pas qu'il aurait bien vécu ?
- Si, dit-il.
- Alors mener une vie agréable est un bien, une vie désagréable, un mal ?
- A condition, répondit-il, de chercher l'agrément dans l'honnêteté.
- Quoi donc ! Protagoras, partages-tu l'opinion commune, et
considères-tu certaines choses agréables comme mauvaises, certaines
choses désagréables comme bonnes ? Je veux dire : en tant
qu'agréables, les choses agréables ne sont-elles pas bonnes,
abstraction faite de toute conséquence, et pareillement les choses
désagréables, en tant que désagréables, ne sont-elles pas mauvaises ?
- Je me demande, Socrate, dit-il, si je dois répondre à ta question
aussi simplement que tu la poses, que les choses agréables sont
toujours bonnes, et les choses désagréables mauvaises. Il me semble
plus sûr, non seulement pour le cas présent, mais pour tous les cas
que la vie peut m'offrir encore, de répondre que, parmi les choses
agréables, il y en a qui ne sont pas bonnes, que pareillement, parmi
les choses désagréables, il y en a qui ne sont pas mauvaises et
d'autres qui le sont, et enfin qu'il y a une troisième espèce de choses,
les choses indifférentes, qui ne sont ni bonnes, ni mauvaises.
- Mais à tes yeux, repris-je, les choses agréables ne sont-elles pas
celles qui sont jointes au plaisir ou qui le produisent ?
- Sans doute, répondit-il.
- Or quand je demande si, en tant qu'agréables, les choses ne sont
pas bonnes, c'est comme si je demandais si le plaisir en soi n'est pas bon.
- Comme tu le dis toujours, Socrate, répondit-il, examinons la
question, et si le résultat de notre examen s'accorde avec la raison, et
que l'agréable et le bon nous paraissent identiques, nous en
tomberons d'accord ; sinon, nous poursuivrons la discussion.
- Veux-tu, lui dis-je, conduire notre recherche ou dois-je la diriger
moi-même ?
- Il est juste que tu la diriges, puisque c'est toi qui as provoqué la
discussion.
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