Texte grec :
[2,13] Νεανίσκος ἦν Βυζάντιος, ὄνομα Καλλισθένης, ὀρφανὸς καὶ
πλούσιος, ἄσωτος δὲ καὶ πολυτελής. οὗτος ἀκούων τὴν Σωστράτου
θυγατέρα εἶναι καλήν, ἰδὼν δὲ οὐδέποτε, ἤθελεν αὑτῷ ταύτην γενέσθαι
γυναῖκα. καὶ ἦν ἐξ ἀκοῆς ἐραστής· τοσαύτη γὰρ τοῖς ἀκολάστοις
ὕβρις, ὡς καὶ τοῖς ὠσὶν εἰς ἔρωτα τρυφᾶν καὶ ταῦτα πάσχειν ἀπὸ
ῥημάτων, ἃ τῇ ψυχῇ τρωθέντες διακονοῦσιν ὀφθαλμοί. προσελθὼν
οὖν τῷ Σωστράτῳ πρὶν ἢ τὸν πόλεμον τοῖς Βυζαντίοις ἐπιπεσεῖν,
ᾐτεῖτο τὴν κόρην· ὁ δὲ βδελυττόμενος τοῦ βίου τὴν ἀκολασίαν ἠρνήσατο.
θυμὸς ἴσχει τὸν Καλλισθένην καὶ ἠτιμᾶσθαι νομίσαντα ὑπὸ
τοῦ Σωστράτου καὶ ἄλλως ἐρῶντα· ἀναπλάττων γὰρ ἑαυτῷ τῆς
παιδὸς τὸ κάλλος καὶ φανταζόμενος τὰ ἀόρατα ἔλαθε σφόδρα κακῶς
διακείμενος. ἐπιβουλεύει δ´ οὖν καὶ τὸν Σώστρατον ἀμύνασθαι τῆς
ὕβρεως καὶ αὑτῷ τὴν ἐπιθυμίαν τελέσαι. νόμου γὰρ ὄντος Βυζαντίοις,
εἴ τις ἁρπάσας παρθένον φθάσας ποιήσειε γυναῖκα, γάμον ἔχειν τὴν
ζημίαν, προσεῖχε τούτῳ τῷ νόμῳ. καὶ ὁ μὲν ἐζήτει καιρὸν πρὸς τὸ ἔργον.
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Traduction française :
[2,13] Un jeune homme, appelé Callisthène, natif de Byzance,
extrêmement riche, voluptueux, prodigue, et n'épargnant rien pour
satisfaire ses passions, savait que Sostrate avait une fille très belle.
Quoiqu'il ne la connût que par les éloges que la renommée
publiait de ses charmes, il avait dessein de l'épouser. Son imagination
s'en était fait une idole dont il était amoureux. Tel est le caractère
des hommes avides de plaisir : souvent, une rumeur populaire
les enflamme ; prompts à écouter tout ce qui les flatte, ils se livrent
aussi facilement aux objets dont ils entendent parler qu'à ceux
qui leur frappent la vue.
Quelques jours avant que la guerre s'allumât entre les Thraces et les
Byzantins, ce Callisthène avait prié Sostrate de lui accorder Leucippe.
Sa mauvaise réputation et la vie dérangée qu'il menait lui
attirèrent un refus dont il se sentit offensé jusqu'au fond du coeur.
Son amour s'accrut en même temps par la difficulté qu'on lui
opposait. Aussi, tourmenté par deux cruelles passions, il résolut
de se venger des mépris de Sostrate, et de contenter ses désirs,
mais il renferma ses projets dans son sein pour en mieux assurer
la réussite.
Les Byzantins ont une loi qui porte que, quand un homme enlève
une fille et lui fait violence, la seule peine qu'on puisse lui imposer,
c'est de le contraindre à se marier avec elle. Callisthène, songeant à
se prévaloir de cette loi, ne cherchait qu'un moment favorable pour
mériter une punition dont il attendait son bonheur.
Quoiqu'il vît sa patrie désolée par une guerre sanglante, et qu'il sût
que Leucippe s'était réfugiée à Tyr, dans notre maison, il n'abandonna
pas son dessein. Le sort lui facilita bientôt les moyens de l'exécuter.
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