Texte grec :
| [1,7] Ἦν δέ μοι Κλεινίας ἀνεψιός, ὀρφανὸς καὶ
νέος, δύο αναβεβηκὼς ἔτη τῆς ἡλικίας τῆς ἐμῆς,
ἔρωτι τετελεσμένος· μειρακίου δὲ ὁ ἔρως ἦν.
οὕτω δὲ εἶχε φιλοτιμίας πρὸς αὐτό, ὥστε καὶ
ἵππον πριάμενος, ἐπεὶ θεασάμενον τὸ μειράκιον
ἐπῄνεσεν, εὐθὺς ἐχαρίσατο φέρων αὐτῷ τὸν ἵππον,
(2) ἔσκωπτον οὖν αὐτὸν ἀεὶ τῆς ἀμεριμνίας, ὅτι
σχολάζει φιλεῖν καὶ δοῦλός ἐστιν ἐρωτικῆς ἡδονῆς·
ὁ δέ μοι μειδιῶν καὶ τὴν κεφαλὴν ἐπισείων
ἔλεγεν· " ῎Εσῃ ποτὲ καὶ σύ μοι δοῦλος ταχύ."
(3) πρὸς τοῦτον ἀπιὼν καὶ ἀσπασάμενος καὶ παρακαθισάμενος,
" ῎Εδωκα," ἔφην, "Κλεινία, σοι δίκην
τῶν σκωμμάτων. δοῦλος γέγονα κἀγώ." ἀνακροτήσας
οὖν τὰς χεῖρας ἐξεγέλασε, καὶ ἀναστὰς
κατεφίλησέ μου τὸ πρόσωπον, ἐμφαῖνον ' ἐρωτικὴν
ἀγρυπνίαν· καί, " ᾽Ερᾷς," εἶπεν, "ἐρᾷς
ἀληθῶς· οἱ ὀφθαλμοί σου λέγὀυσιν."
῎Αρτι δὲ λέγοντος αὐτοῦ, Χᾳρικλῆς εἰστρέχει
(τοῦτο γὰρ ἦν ὄνομα τῷ μειρακιῳ) τεθορυβημένος,
(4) "Οἴχομαί σοι," λέγων, "Κλεινία." καὶ συνεστέναξεν
ὁ Κλεινίας, ὥσπερ ἐκ τῆς ἐκείνου
ψυχῆς κρεμάμενος· καὶ τῇ φωνῇ τρέμων,
"Ἀποκτενεῖς," εἶπε, "σιωπῶν· τί σε λυπεῖ;
τίνι δεῖ μάχεσθαι;" καὶ ὁ Χαρικλῆς, "Γάμον,"
εἶπεν, "ὁ πατήρ μοι προξενεῖ, καὶ γάμον
ἀμόρφου κόρης, ἵνα διπλῷ συνοικῶ κακῶ. πονηρὸν
μὲν γὰρ γυνή, κἂν εὔμορφος ᾖ· ἐὰν δὲ καὶ
(5) ἀμορφίαν δυστυχῇ, διπλοῦν τὸ κακόν. ἀλλὰ
πρὸς τὸν πλοῦτον ὁ πατὴρ ἀποβλέπων σπουδάζει
τὸ κῆδος; ἐκδίδομαι ὁ δυστυχὴς τοῖς ἐκείνης
χρήμασιν, ἴνα γήμω πωλούμενος."
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Traduction française :
| [1,7] J'avais un parent nommé Clinias, qui était plus âgé que moi de deux ans. La
mort lui avait enlevé son père et sa mère. Aussi, comme sa conduite ne dépendait
que de lui seul, la liberté dont il jouissait lui avait acquis de l'expérience et l'usage
du monde. Je résolus de le consulter sur ma passion naissante. Ses intrigues le
rendaient célèbre dans toute la ville. Son humeur tendre, quoique ennemie du
mariage, l'avait souvent jeté dans des engagements funestes à son repos. Au
temps dont je vous parle, il n'avait point de maîtresse, mais il s'était lié avec un
jeune homme d'une beauté surprenante, et qui ne sortait qu'à peine de l'enfance.
L'amitié qui les unissait avait la vivacité de l'amour. Leurs naturels étaient
parfaitement assortis. C'était chez l'un et l'autre même goût pour le plaisir, et même
aversion pour l'hyménée. Jusqu'alors je m'étais fait une habitude de railler Clinias
sur la sensibilité de son coeur.
« Quelle faiblesse ! lui disais-je. Se peut-il qu'on trouve des charmes à se
plonger ainsi dans l'esclavage ? - Votre tour viendra, me répondait-il
en secouant la tête avec un sourire malin. Vous tomberez aussi bien que
nous dans les pièges du dieu qui fait aimer. »
J'allai lui annoncer l'accomplissement de sa prédiction, trois ou quatre jours
après l'arrivée de Leucippe. « Je suis pris, mon cher Clinias, vous
voilà vengé de toutes mes railleries. »
A cette nouvelle, il battit des mains, et fit un grand éclat de rire.
« Enfin, vous êtes des nôtres, s'écria-t-il en m'embrassant. Vos yeux fatigués
témoignent que l'amour les a tenus ouverts cette nuit. »
A peine eut-il prononcé ces paroles, que nous vîmes entrer son jeune ami
Chariclès, qui portait sur son visage les marques d'une tristesse profonde.
« Ah ! Clinias, dit-il d'une voix gémissante, je suis perdu ! »
Clinias pâlit, et, serrant le beau Chariclès dans ses bras :
« Achevez, s'écria-t-il, d'où procède votre chagrin ? Vous a-t-on insulté ? Parlez.
Sur qui doit tomber ma colère ? Votre silence me fait mourir.
- Mon père veut me marier, reprit Chariclès, et, pour comble d'horreur,
l'épouse qu'il me destine est laide. C'est l'avarice qui le porte à rechercher cette
alliance. On me sacrifie, on me vend à une femme qui n'a que ses richesses pour
agrément.
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