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HODOI ELEKTRONIKAI
Du texte à l'hypertexte

ACHILLES TATIUS, Leucippé et Clitophon, livre I

καθ



Texte grec :

[1,6] Ὡς δέ ἦν ἑσπέρα, πρότεραι μὲν πρὸς ὕπνον ἐτράπησαν αἱ γυναῖκες· μικρὸν δὲ ὕστερον καὶ ἡμεῖς· οἱ μὲν δὴ ἄλλοι τῇ γαστρὶ μετρήσαντες τὴν ἡδονήν, ἐγὼ δὲ τὴν εὐωχίαν ἐν τοῖς ὀφθαλμοῖς φέρων, τῶν τε τῆς κόρης προσώπων γεμισθεὶς καὶ ἀκράτῳ θεάματι καὶ μέχρι κόρου (2) προελθών, ἀπῆλθον μεθύων ἔρωτι. ὡς δὲ εἰς τὸ δωμάτιον παρῆλθον, ἔνθα μοι καθεύδειν ἔθος ἦν, οὐδέ ὕπνου τυχεῖν ἠδυνάμην. ἔστι μὲν γὰρ φύσει καὶ τἆλλα νοσήματα καὶ τὰ τοῦ σώμᾶτος τραύματα ἐν νυκτὶ χαλεπώτερα, καὶ ἐπανίσταται μᾶλλον, ἡμῖν, ἡσυχάζουσι καὶ ἐρεθίζει τὰς (3) ἀλγηδονας· ὅταν γὰρ αναπαυηται τὸ σῶμα, τότε σχολάζει τὸ ἕλκος νοσεῖν· τὰ δὲ τῆς ψυχῆς τραύματα, μὴ κινουμένου τοῦ σώματος, πολὺ μᾶλλον ὀδυνᾷ. ἐν ἡμέρᾳ μὲν γὰρ ὀφθαλμοὶ καὶ ὦτα πολλῆς γεμιζόμενα περιεργίας ἐπικουφίζει τῆς νόσου τὴν ἀκμήν, ἀντιπεριάγοντα τὴν ψυχὴν τῆς εἰς τὸ πονεῖν σχολῆς· ἐὰν δὲ ἡσυχιᾳ τὸ σῶμα πεδηθῆ, καθ' ἑαυτὴν ἡ ψυχὴ (4) γενομένη τῷ κακῷ κυμαίνεται. πάντα γὰρ ἐξεγείρεται τότε τὰ τέως κοιμώμενα, τοῖς πενθοῦσιν αἱ λῦπαι τοῖς μεριμνῶσιν αἱ φροντίδες· τοῖς κινδυνεύουσιν οἱ φόβοι· τοῖς ἐρῶσι τὸ πῦρ. περὶ δὲ τὴν ἕω μόλις ἐλεήσας μέ τις ὕπνος (5) ἀνέπαυσεν ὀλίγον. ἀλλ' οὐδὲ τότε μου τῆς ψυχῆς ἀπελθεῖν ἤθελεν ἡ κόρη· πάντα γὰρ ἦν μοι Λευκίππη τὰ ἐνύπνια· διελεγόμην αὐτῇ, συνέπαιζον, συνεδείπνουν, ἡπτόμην, πλείονα εἶχον ἀγαθὰ τῆς ήμέρας, καὶ γὰρ κατεφίλησα, καὶ ἦν τὸ φίλημα ἀληθινόν· ὥστε ἐπειδή με ἤγειρεν ὁ οἰκέτης, ἐλοιδορούμην αὐτῷ τῆς ἀκαιρίας, ὡς ἀπολέσας ὄνειρον οὕτω γλυκύν, (6) ἀναστὰς οὖν ἐβάδιζον ἐξεπίτηδες εἴσω τῆς οἰκίας κατὰ πρόσωπον τῆς κόρης, βιβλίον ἄμα κρατῶν, καὶ ἐγκεκυφὼς ἀνεγίνωσκον· τὸν δὲ ὀφθαλμόν, εἰ κατὰ τὰς θύρας γενοίμην, ὑπείλιττον κάτωθεν, καί τινας ἐμπεριπατήσας διαύλους, καὶ ἐποχετευσάμενος ἐκ τῆς θέας ἔρωτα, σαφῶς ἀπῄειν ἔχων τὴν ψυχὴν κακῶς. καὶ ταῦτά μοι τριῶν ἡμερῶν ἐπυρσεύετο.

Traduction française :

[1,6] La nuit avançait ; les dames nous quittèrent. Enivré d'amour et plein de l'image de Leucippe, je me retirai dans ma chambre, où mon trouble ne me permit pas de m'abandonner au sommeil. Le silence, les ténèbres et l'oisiveté irritent les blessures de l'esprit aussi bien que celles du corps. L'âme, concentrée dans sa sphère, tourne toute son activité contre elle-même ; elle s'afflige, elle se tourmente, nulle distraction ne vient la secourir, au lieu que pendant le jour, les oreilles et les yeux, amusés par différents objets, nous font faire trêve avec nos chagrins, émoussent la pointe de nos inquiétudes, et ne nous laissent pas le temps de songer que nous souffrons. Je faisais alors, pour la première fois de ma vie, une triste expérience de cette vérité. Jamais agitation ne fut pareille à la mienne. Mon coeur n'était pas encore accoutumé aux passions violentes, et, pour cette raison, il en ressentait plus douloureusement les atteintes. Enfin, vers le retour de l'aurore, le sommeil eut pitié de moi et me donna quelque soulagement, mais il n'eut pas la force d'arracher Leucippe de ma mémoire. Mille fantômes légers me la représentaient en songe, je lui parlais, je jouais avec elle, nous mangions ensemble, il me semblait que je dérobais un baiser sur ses lèvres, et cette illusion me faisait un plaisir réel. Un domestique vint m'éveiller dans le moment flatteur où mon corps, nageant dans les délices, suivait les transports de mon âme. Je me levai en maudissant l'importun qui me privait d'une erreur si douce. Sans prendre conseil de ma volonté, mes pas me conduisirent dans une salle voisine de l'appartement des dames. Leur porte était entr'ouverte ; j'aperçus Leucippe, qui était levée. Elle pouvait aussi me voir, et c'est ce que je désirais. J'affectai de me promener en lisant un livre, mais de temps en temps je levais doucement les yeux pour contempler ma déesse. Chaque instant redoublait ma flamme. Je buvais à longs traits un poison qui me charmait, et je sortis de cet endroit cent fois plus amoureux que je n'y étais entré.





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Dernière mise à jour : 14/11/2005